et par zèle à le contredire dans la pratique du culte.
Dans cette perspective, la beauté de la composition comme l’élévation du sens ne sauraient être préservées que par l’emploi de la particule mā, dont l’indétermination répond exactement à l’objectif visé par le verset.
On a proposé, à ce sujet, une quatrième explication : il s’agirait de rechercher le parallélisme rhétorique, gage d’éloquence, comme dans la Parole : « Ils ont oublié Allah, alors Il les a oubliés » et « Si quelqu’un transgresse contre vous, transgressez contre lui à la mesure de son agression. » De même : « Je n’adore pas ce que vous adorez » — quand bien même leur prétendue divinité est dénuée de raison. À ce membre de phrase répond symétriquement : « Et vous, vous n’êtes pas adorateurs de ce que j’adore » ; les deux énoncés se font ainsi écho, bien que leurs significations diffèrent. Voilà pourquoi, dans les formulations isolées, on ne trouve pas cet usage : on y emploie exclusivement la particule man, comme dans : « Dis : est-ce celui qui vous guide dans les ténèbres de la terre et de la mer ? », « Dis : qui pourvoit à votre subsistance ? », ou encore : « Est-ce celui qui possède l’ouïe et la vue ? », « Est-ce celui qui répond à l’opprimé lorsqu’il L’invoque ? », « Est-ce celui qui initie la création ? », et autres passages semblables.
Pour ma part, j’y vois une cinquième explication, plus proche encore de l’esprit du texte : l’intention est de mettre en avant la divinité qualifiée pour l’adoration et qui la mérite à bon droit ; c’est pourquoi la particule mā, qui véhicule ce sens, a été retenue. C’est comme s’il était dit : « Et vous n’êtes pas adorateurs de mon Dieu, Celui qui, à juste titre, est la véritable divinité. » Si l’on avait recouru à man, celle-ci n’aurait désigné que l’Essence en tant que telle, et la relative qui suit n’aurait servi qu’à la définir, sans indiquer pour autant qu’Il est la destination même de l’adoration.
Il y a donc une différence entre affirmer qu’Il — exalté soit-Il — est digne d’être adoré, et se borner à une simple définition ou à une description laissant seulement pressentir cette dignité cultuelle. Médite cela ; c’est d’une finesse remarquable. C’est en ce sens que les grammairiens disent : « mā peut servir à exprimer les attributs de l’être doué de raison. »
Un parallèle se trouve dans le verset : « Épousez donc parmi les femmes celles qui vous plaisent » ; l’emploi de mā — et non de man — s’explique par le fait que l’on vise ici l’attribut (al-ṭayyib, ce qui est bon), lequel motive l’ordre de contracter mariage : on est invité à épouser la femme qualifiée par cet attribut. Ce principe ne souffre pas d’exception et compte parmi les voies les plus subtiles de la langue arabe.
Puisque notre propos nous a conduits jusqu’ici, mentionnons à présent un second bénéfice, à savoir