la supériorité appartient au plus nombreux, comme le dit ce vers :
« Je ne suis pas celui qui les surpasse en fortune ; l’honneur, en vérité, est au plus nombreux. »
Si donc l’abondance lui venait sans qu’il cherche à en tirer vanité, elle ne lui nuirait pas, comme l’abondance que possédèrent plusieurs Compagnons : elle ne leur porta aucun préjudice, parce qu’ils n’en firent pas un motif de surenchère. Quiconque entre en rivalité avec autrui pour son bien, son prestige ou toute autre chose se voit distrait, par cette rivalité, de la compétition des gens de l’au-delà.
Les âmes nobles et élevées, douées d’aspirations hautes, ne rivalisent que dans ce dont l’utilité leur demeure, ce qui les parfait, les purifie et les rend prospères. Elles n’aiment pas qu’un autre les devance en cela, qu’il les concurrence dans cette émulation ou les précède. Telle est la surenchère qui constitue le bonheur suprême du serviteur.
À l’inverse, la rivalité des gens de ce monde pour les moyens de ce monde est une surenchère qui distrait de Dieu et de la demeure dernière ; elle mène à l’extrême indigence. Sa conséquence n’est que manque, pauvreté et privation.
La compétition pour les causes du bonheur éternel, au contraire, rappelle sans cesse Allah et Ses bienfaits, et son issue est une abondance pérenne, qui ne s’éteint ni ne disparaît. Celui qui s’y adonne ne supporte pas de voir un autre meilleur que lui en parole, plus vertueux en acte ou plus riche en science. S’il constate que quelqu’un le dépasse dans une qualité du bien qu’il est incapable d’atteindre, il le concurrence dans une autre dont il peut accroître la mesure. Cette rivalité n’est ni blâmable ni entachée d’insincérité ; elle est, au contraire, la quintessence de la compétition louable et de la course aux œuvres méritoires.
Telle fut la situation des Aws et des Khazraj — qu’Allah les agrée — se mesurant devant le Messager d’Allah ﷺ, chacun cherchant à surpasser l’autre dans ce qui obtenait son agrément et assurait son soutien.
Il en alla de même pour ʿUmar vis-à-vis d’Abou Bakr — qu’Allah les agrée. Lorsqu’il comprit combien Abou Bakr le précédait, ʿUmar déclara : « Par Allah, jamais plus je ne chercherai à te devancer en quoi que ce soit. »