Quant au hadith attribué à Abû Bakr, que les partisans de cette opinion citent à l’appui de leur thèse, il n’est pas authentique. Le hadith sûr qui rapporte réellement cet épisode en montre la fausseté ; nous le livrons ci-après dans ses propres termes.
D’après Abû Hurayra — hadith consigné par Muslim ⦗183⦘ : « Un jour — ou une nuit — le Messager d’Allah ﷺ sortit. Il rencontra alors Abû Bakr et ‘Umar et leur dit : “Qu’est-ce qui vous fait quitter vos maisons à cette heure ?” — “La faim, ô Messager d’Allah”, répondirent-ils. Il reprit : “Par Celui qui tient mon âme en Sa main, c’est la même chose qui m’a fait sortir. Levez-vous.” Ils se levèrent donc et l’accompagnèrent.
Ils se rendirent chez un homme des Ansâr, qui se trouvait absent. Lorsque son épouse aperçut le Prophète, elle s’écria : “Bienvenue !” Le Prophète lui demanda : “Où est untel ?” — “Il est parti nous chercher une eau fraîche”, répondit-elle. L’Ansârî revint alors, vit le Messager d’Allah et ses deux compagnons et s’exclama : “Louange à Allah ! Je n’ai aujourd’hui pas d’hôtes plus honorables que vous.” Il alla chercher une grappe de dattes mêlant dattes vertes, mûres et sèches et dit : “Mangez de ceci.” Puis il prit un couteau. Le Messager d’Allah l’avertit : “Attention ! Ne touche pas la bête qui donne du lait.” Il leur sacrifia une brebis, et ils mangèrent de la viande, de la grappe de dattes et burent. Quand ils furent rassasiés et désaltérés, le Messager d’Allah ﷺ dit à Abû Bakr et ‘Umar : “Par Celui qui tient mon âme en Sa main, vous serez bel et bien interrogés, le Jour de la Résurrection, au sujet de ce bienfait. La faim vous a fait sortir de vos maisons, et vous n’y êtes pas retournés avant d’avoir goûté à cette grâce.” »
Ce hadith authentique atteste clairement que l’avertissement vise tout le monde et n’est pas réservé aux mécréants.
De plus, la réalité même prouve qu’il n’est pas exclusif : l’obsession de l’accumulation touche nombre de musulmans ; la majorité d’entre eux s’y laisse absorber. Or, tout verset du Coran s’adresse à quiconque l’entend ; si les premiers concernés furent les contemporains du Messager d’Allah ﷺ, il englobe également ceux qui leur succèdent. C’est là une évidence reconnue de la religion, quand bien même certains auteurs tardifs — dont l’avis ne fait pas autorité — la contesteraient.
Nous sommes donc, aujourd’hui, tout comme ceux qui nous ont précédés et ceux qui viendront après nous, inclus dans la parole du Très-Haut : 2: