Quant à sa parole ﷺ : « Cela arrivera bel et bien »,
on peut la comprendre de deux manières : soit il signifie que les délices (an-naʿîm) surviendront et vous seront accordés, soit il renvoie à l’interrogatoire lui-même, c’est-à-dire que vous serez effectivement questionnés à leur sujet – fût-ce au sujet de simples dattes et d’un peu d’eau, car cela aussi relève des bienfaits.
La preuve en est la déclaration du Prophète ﷺ, rapportée dans un hadith authentique : alors qu’ils avaient mangé avec lui des dattes fraîches et de la viande et bu de l’eau fraîche, il dit : « Ceci fait partie des bienfaits au sujet desquels vous serez interrogés le Jour de la Résurrection. »
Il s’agit donc d’une question portant sur la gratitude et l’acquittement du droit de ces bienfaits.
At-Tirmidhî rapporte encore, d’après Anas, que le Prophète ﷺ a dit : « On amènera le serviteur, le Jour de la Résurrection, tel un bazaj⦗1⦘ ; on le placera alors devant Allah, qui dira : “Je t’ai donné, J’ai mis à ta disposition et Je t’ai comblé de faveurs ; qu’en as-tu fait ?” Il répondra : “Seigneur, je les ai amassées et fructifiées, puis je les ai laissées au moment où elles étaient les plus abondantes. Renvoie-moi, je Te les apporterai.” Mais, lorsqu’il est renvoyé, il n’apporte aucun bien ; il est donc conduit vers le Feu.⦗2⦘ »
Dans le même recueil, Abû Saʿîd et Abû Hurayra — qu’Allah les agrée — rapportent que le Messager d’Allah ﷺ a dit : « On amènera le serviteur, le Jour de la Résurrection, et Allah lui dira : “Ne t’ai-Je pas accordé l’ouïe et la vue, la richesse et des enfants ? N’ai-Je pas mis à ton service le bétail et les cultures ? Ne t’ai-Je pas laissé commander et jouir ? Croyais-tu devoir rencontrer un jour comme celui-ci ?” Il répondra : “Non.” Allah lui dira alors : “Aujourd’hui, Je t’abandonne comme tu M’as abandonné.” » L’imam conclut : « Ce hadith est authentique. »
Un groupe d’exégètes a cependant soutenu que ce discours divin vise exclusivement les mécréants et qu’eux seuls seront interrogés sur les bienfaits. Cette opinion est rapportée d’al-Hasan et de Muqâtil, et al-Wâhidî l’a retenue.
Pour étayer son choix, il invoque le hadith d’Abû Bakr : « Lorsque ce verset fut révélé, le Messager d’Allah dit : “Que penses-tu du repas que j’ai pris avec toi chez Abû al-Haytham ibn at-Tayyihân, composé de pain d’orge et de viande…"