ainsi que son autorité, sa puissance et l’ensemble des moyens dont il disposait. On lui rétorquera alors : « Kallā ! Il n’existe pour toi aucune voie de retour ; tu as déjà vécu assez longtemps pour que celui qui veut se rappeler puisse se rappeler. »
Or, la conduite du Très-Généreux, du Très-Miséricordieux, est de répondre à celui qui sollicite Son pardon et de lui laisser un délai pour méditer ce qu’il a manqué. Pourtant, le Très-Haut nous informe que la requête de retour formulée par cet insouciant n’est qu’un mot qu’il prononce, sans aucune réalité ; sa nature même l’empêche d’accomplir le bien, quand bien même il serait exaucé. Ce n’est qu’une parole de sa langue ; s’il était ramené, il reviendrait à ce qui lui avait été interdit : il est bel et bien du nombre des menteurs.
La sagesse du plus Sage des juges, tout comme Sa puissance, Sa science et Sa louange, refuse donc de l’exaucer, car il n’en résulterait aucun profit. S’il revenait, il se trouverait dans la même situation qu’auparavant, comme Allah — exalté soit-Il — le dit : 6 : 27 « Si seulement tu les voyais, placés devant le Feu, dire : “Ah ! si seulement nous pouvions être ramenés, nous ne traiterions plus les signes de notre Seigneur de mensonges et nous serions parmi les croyants.” Mais leur apparaîtra clairement ce qu’ils cachaient auparavant ; et, s’ils étaient renvoyés, ils retourneraient à ce qui leur avait été interdit. »
Quant à Sa parole : « Kallā, si vous saviez d’un savoir de certitude… », la réponse qu’elle appelle est sous-entendue et se déduit de ce qui précède : jamais la recherche de la surenchère ne vous aurait détournés. En réalité, cette rivalité et l’aveuglement qu’elle entraîne ne surviennent que parce que vous êtes dépourvus du ʿilm al-yaqîn (le savoir de certitude), savoir qui atteint pour son détenteur le rang des évidences nécessaires, à l’abri de tout doute ou contestation. Si la véritable essence de ce savoir pénétrait le cœur et le touchait directement, rien ne pourrait l’en distraire, et ses effets se manifesteraient immanquablement. Le simple fait de connaître la laideur d’un acte et la gravité de ses conséquences ne suffit pas toujours à s’en détourner ; mais lorsque cette connaissance devient savoir de certitude, l’injonction d’y renoncer devient plus pressante encore. Et lorsque cette certitude se transforme en ʿayn al-yaqîn — la vision de certitude, comparable à une scène que l’on voit de ses propres yeux — il est alors rarissime que son effet n’apparaisse pas.
C’est dans ce sens que Hassân ibn Thâbit — m. 54 H — a chanté, à propos de ceux qui se rendirent à Badr :
« Nous avons marché, et eux aussi ont marché vers Badr, à leur perte ;
s’ils avaient possédé un savoir certain,
jamais ils ne se seraient mis en route. »