et Il n’a pas précisé l’objet de ce jeu et de ce divertissement, soit parce qu’Il voulait laisser l’expression dans toute sa portée : tout ce par quoi le serviteur cherche à surpasser autrui dans les biens de ce bas-monde — fortune, prestige, esclaves mâles ou femelles, constructions, plantations, savoir qui n’est pas recherché pour la Face d’Allah, ou œuvre qui n’amène pas à Lui. Voilà autant de formes de surenchère qui détournent d’Allah et de la demeure dernière.
Dans le Ṣaḥîḥ de Muslim, on lit ce hadith rapporté par ‘Abd Allâh ibn ash-Shaḫḫîr : « Je me rendis auprès du Prophète ﷺ alors qu’il récitait : Alhākum at-takāthur. Il disait : “Le fils d’Adam répète : ‘Mon bien ! mon bien !’. Or, possèdes-tu réellement d’autre bien que ce que tu as donné en aumône et fait parvenir, ce que tu as mangé et consommé, ou ce que tu as porté et usé ?” »
Allah — exalté soit-Il — a ensuite menacé d’un châtiment certain celui que cette rivalité distrait de Lui. Le jour où il verra que toutes ses accumulations se sont dissipées comme une poussière éparpillée, où il comprendra que la vie d’ici-bas dont il se glorifiait n’était qu’illusion et tromperie, il découvrira que les conséquences de cette course se retournent contre lui, non en sa faveur ; il y perdra tout, comme l’ont perdu ceux qui lui ressemblent. Il lui apparaîtra, de la part d’Allah, ce qu’il n’avait jamais envisagé. Sa passion pour l’accumulation, qui l’avait éloigné d’Allah et de l’au-delà, deviendra l’une des plus grandes causes de son tourment : d’abord dans ce monde, puis dans la barzakh, et de nouveau le Jour de la Résurrection. Ainsi sera-t-il le plus malheureux des hommes pour avoir amassé sans profit ; il n’en aura tiré que perdition, non salut ni butin. Au bout du compte, son accumulation ne lui vaudra que d’être rangé parmi les plus démunis, et le rang élevé qu’il croyait tenir ici-bas l’abaissera parmi les plus bas.
Quelle funeste accumulation ! Quel fardeau pesant ! Quelle richesse appelant toute pauvreté, quel bien apparent menant à tout mal ! Lorsque le voile sera levé, son propriétaire s’écriera : « Si seulement j’avais avancé quelque bien pour ma vraie vie, si seulement j’avais mis ces biens au service de l’obéissance à Allah avant ma mort ! Ô mon Seigneur, renvoie-moi ; peut-être accomplirai-je une œuvre salutaire dans ce que je laisse derrière moi. » Il lui sera alors répondu : « Jamais ! Ce n’est qu’une parole qu’il profère. » Sa requête de retour n’est pas prise en considération, et nulle réponse ne lui sera accordée.
Observe enfin sa formulation : il commence par dire « Rabb ! » implorant le secours de son Seigneur ; puis il se tourne vers les anges chargés de le présenter devant Lui — exalté soit-Il — et dit : « Ramenez-moi ». Il expose ensuite le motif de sa demande : pouvoir recommencer des œuvres pies avec les biens et le prestige qu’il a laissés derrière lui.