sois pas comme l’homme du Poisson. »
Autrement dit : ne lui ressemble pas dans son insuffisance de patience à l’égard du jugement de son Seigneur. L’état que Dieu proscrit est, en réalité, le contraire même de celui qu’Il prescrit.
Objection : pourquoi ne pas comprendre que l’ordre porte ici sur la patience face au décret cosmique et prédestiné ? Le sens serait alors : « Patiente devant ce que ton Seigneur a décrété pour toi et ne sois pas comme l’homme du Poisson, lequel ne sut patienter ; au contraire, il L’invoqua, le cœur oppressé, pour que ce décret fût levé, sans pouvoir le supporter ni demeurer tranquille sous son effet. »
Réponse : cette interprétation est écartée du fait qu’Allah — exalté soit-Il — a loué Jonas, ainsi que d’autres de Ses prophètes, pour L’avoir sollicité afin qu’Il écarte d’eux le mal qui les atteignait. Il l’a clairement encensé en ces termes :
« Et Jonas, lorsqu’il s’en alla courroucé et pensa que Nous n’aurions point prise sur lui, appela dans les ténèbres : “Il n’est de divinité que Toi ; Gloire à Toi ! J’ai été, certes, du nombre des injustes.” Nous l’exauçâmes alors, le délivrâmes de l’angoisse — et ainsi sauvons-Nous les croyants. »
Comment, dès lors, interdire de l’imiter dans un acte pour lequel Allah vient précisément de le louer et de le recommander ?
De la même manière, Il a loué Job qui dit : « Le mal m’a touché et Tu es le plus Miséricordieux des miséricordieux » ; Jacob qui dit : « Je ne me plains qu’à Allah de ma détresse et de mon chagrin » ; et Moïse qui déclara : « Seigneur, j’ai grand besoin du bien que Tu feras descendre sur moi. »
Le Sceau des prophètes et des messagers se plaint également à Lui en ces termes : « Ô Allah, je T’expose la faiblesse de ma force et la rareté de mes moyens… » (hadith).
Ainsi, la plainte adressée à Allah — exalté soit-Il — n’est nullement incompatible avec la belle patience ; c’est même le fait, pour le serviteur, de s’abstenir totalement de se plaindre aux créatures et de n’exposer sa plainte qu’à Lui seul, qui constitue la véritable patience.
Allah éprouve Son serviteur afin d’entendre sa plainte, son humble soumission et sa supplication. Il a, en revanche, blâmé ceux qui ne s’humilient pas devant Lui et ne L’implorent pas au temps de l’épreuve, comme Il dit : « Nous les avons cependant saisis par le châtiment, mais ils ne se sont pas humiliés devant leur Seigneur et ils ne Le supplient pas. »
Le serviteur est trop faible pour se raidir face à son Seigneur, et le Seigneur — exalté soit-Il — ne veut pas de lui cette attitude ; Il veut qu’il s’humilie et Le supplie. Il déteste celui qui se plaint de Lui auprès des créatures et Il aime celui qui ne Lui confie, à Lui seul, l’affliction qu’il endure.