Une fois la différence entre le nom et le nommé établie, demeure la dénomination (tasmiyya). C’est précisément cette dernière qu’ont prise pour base ceux qui ont soutenu l’unité du nom et du nommé. Or, la dénomination désigne l’acte de celui qui nomme et le fait de placer le nom sur le nommé, tout comme l’ornementation est l’acte de celui qui pare et le fait de poser l’ornement sur la personne parée.
Nous avons donc ici trois réalités distinctes : le nom, le nommé et la nomination ; de même qu’il existe l’ornement, l’être orné et l’ornementation, ou encore le signe, la chose marquée et l’acte de marquer. Il est impossible de traiter deux de ces termes comme de simples synonymes exprimant une même idée, car leurs réalités diffèrent. Et si l’on identifie le nom au nommé, l’une de ces trois réalités se trouve nécessairement annulée.
Certains objecteront : « Réfutez donc l’argument de celui qui affirme leur identité, afin que la preuve soit complète ; puisque vous avez exposé votre démonstration, il vous incombe de répondre à l’opposant. »
Parmi ces objections, on avance que « Seul Allah est le Créateur, tout le reste est créé. Si Ses noms étaient autres que Lui, ils seraient donc créés ; il s’ensuivrait qu’Il n’aurait eu ni nom ni attribut de toute éternité, puisque Ses noms sont des attributs. » Tel est l’argument majeur qui a conduit certains théologiens partisans de l’affirmation des attributs à dire : « Le nom est la chose même nommée. » Quelle réponse y apporter ?
La source de l’erreur réside dans l’usage vague d’un terme qui recouvre deux acceptions, l’une correcte, l’autre erronée. Pour clore le débat, il faut distinguer ces deux sens et attribuer à chacun le mot qui lui convient.
Il ne fait aucun doute qu’Allah, de toute éternité et pour l’éternité, est qualifié des attributs de perfection dont procèdent Ses noms. Par Ses noms et Ses attributs, Il a toujours été et demeure un Seigneur unique, une divinité unique, à Lui appartiennent les Noms les plus beaux et les Attributs les plus sublimes. Ses noms et Ses attributs sont compris dans ce que recouvre Son Nom, même si l’on ne dit pas d’un attribut pris isolément qu’il est une « divinité qui crée et pourvoit ».
Ainsi, Ses attributs et Ses noms ne constituent pas une réalité distincte de Lui, pas plus qu’ils ne se confondent purement et simplement avec l’essence divine. La difficulté vient du terme « autre » (ghayr), utilisé avec deux sens.
Le premier désigne ce qui est distinct de l’Essence appelée Allah ; tout ce qui Lui est absolument distinct en ce sens n’est que créé.