Quant à cette « chose nommée » – le référent et la signification – le vocable qui la désigne, à savoir la suite de lettres zâʾ, yâʾ et dâl, constitue le nom (ism).
Or ce même vocable devient, à son tour, un « nommé » (musammâ), dès lors que le mot formé de hamza, sîn et mîm – i-s-m – sert d’expression pour le désigner.
Il apparaît donc clairement que le nom, dans son institution première, n’est pas le nommé. C’est pourquoi l’on dit : « J’ai nommé cette personne par ce nom », tout comme l’on dit : « Je l’ai parée de cet ornement. »
De même que l’ornement (ḥilya) est distinct de la personne parée, le nom est distinct de ce qu’il nomme. Sîbawayh l’a énoncé explicitement ; ceux qui lui attribuent une autre opinion et prétendent qu’il les identifie se trompent.
Ce qui a abusé ceux qui lui imputent cette méprise est sa phrase : « Les verbes sont des schèmes tirés de l’énoncé des faits exprimés par les noms. » Cela ne contredit nullement son texte antérieur où il affirme que le nom diffère du nommé. Il déclare en effet : « La parole (kalim) se divise en nom, verbe et particule », montrant ainsi que le nom est un mot. Comment le mot serait-il le nommé alors que le nommé est une personne ? Plus loin, il ajoute : « Tu dis : j’ai nommé Zayd par ce nom, de même que tu dis : je l’ai marqué par ce signe. »
Dans son ouvrage, on lit près d’un millier de fois que le nom est le vocable qui renvoie au nommé. Chaque fois qu’il parle du génitif, de l’accusatif, du tanwîn, de l’article lâm, ou de toute augmentation et diminution, du diminutif, de l’augmentatif, de l’inflexion ou de la construction, il s’agit toujours d’accidents du nom ; rien de tout cela ne concerne le nommé. Jamais aucun grammairien ni aucun Arabe n’a dit que le nom est le nommé. Ils disent : « un terme fixé (ajal musammâ) », jamais « ajal ism » ; « le nommé de ce nom est ceci », jamais « le nom de ce nom » ; « cet homme est nommé Zayd (hâdhâ musammâ bi-Zayd) », non « cet homme est le nom de Zayd » ; « bi-smi Allâh, Au nom d’Allah », et non « bi-musammâ Allâh ».
Le Messager d’Allah – paix et salut sur lui – a dit : « J’ai cinq noms. » Il serait incorrect de dire : « J’ai cinq entités nommées. »
Il a dit encore : « Nommez-vous de mon nom. » Il serait inexact de dire : « Nommez-vous de mes nommés. »
Et il a dit : « Allah possède quatre-vingt-dix-neuf noms. » Il serait faux de dire : « Allah possède quatre-vingt-dix-neuf nommés. »