car ses frondaisons en dissimulent l’intérieur et le couvrent. Seul mérite donc ce nom un lieu où les arbres, nombreux et variés, foisonnent.
Quant au terme al-junnah (voyellisé en « u »), il désigne ce dont on se protège : un bouclier ou tout autre moyen de couverture. Ainsi, Allah — exalté soit-Il — dit : « Ils ont fait de leurs serments un bouclier » (58:16), c’est-à-dire qu’ils s’en servent pour se soustraire à la réprobation des croyants.
Avec la voyelle « i », al-jinnah renvoie aux jinn eux-mêmes, selon la parole divine : « parmi les jinn et les hommes » (114:6).
Un groupe d’exégètes a néanmoins soutenu que les anges sont également appelés jinnah. Ils s’appuient sur ce verset : « Ils ont établi entre Lui et les jinnah une parenté » (37:158), expliquant que cette parenté correspond à leur affirmation : « les anges sont les filles d’Allah ». Ils confortent leur opinion par deux arguments :
- La parenté qu’ils ont inventée viserait, selon eux, les anges et Allah, non les jinn et Allah ;
- La suite du verset : « et les jinnah savent bien qu’ils seront convoqués », qu’ils comprennent ainsi : les anges savent que les auteurs de cette parole seront voués au châtiment.
L’avis correct est toutefois l’inverse : al-jinnah renvoie bien aux jinn, comme l’indique l’expression « parmi les jinn et les hommes ». Dès lors, le verset reçoit deux explications :
– Celle de Mujâhid : les polythéistes de Quraysh disaient : « les anges sont les filles d’Allah ». Abû Bakr leur demanda : « Qui donc est leur mère ? » — « Les nobles dames des jinn », répondirent-ils. Selon al-Kalbî, ils affirmaient qu’Allah avait épousé une femme des jinn, dont seraient issus les anges ; Qatâdah rapporte qu’ils prétendaient qu’Il avait contracté alliance par mariage avec les jinn.
– Celle d’al-Ḥasan : ils ont associé les démons au culte qui revient à Allah ; c’est la « parenté » qu’ils ont forgée.
L’opinion retenue est celle de Mujâhid et de ceux qui partagent son avis. Les arguments invoqués par les tenants du premier point de vue ne prouvent pas leur thèse : en qualifiant les anges — qu’ils tenaient pour issus des jinn — de « filles d’Allah », ils ont de fait établi une parenté entre Lui et les jinnah.