D’autres, en revanche, estiment que le pronom renvoie aux lits mentionnés dans la parole du Très-Haut : « accoudés sur des lits dont la doublure est de brocart » (Coran 55, 54) ; ici, la préposition fî (« dans ») a valeur de ʿalâ (« sur »).
À propos de la parole divine : « Aucun homme ne les a jamais touchées avant eux, pas plus qu’un djinn » (Coran 55, 74), Abû ʿUbayda explique que le verbe signifie « ne les a effleurées ». On dit en arabe : « mâ ṭamatha hâdhâ l-baʿîr ḥablun qaṭṭu » : jamais corde ne l’a touché.
Yûnus confirme : « Les Arabes disent : “ce chameau, jamais corde ne l’a ṭamatha”, c’est-à-dire qu’il n’a jamais été touché. »
Al-Farrâ’ précise que le terme ṭamth désigne la défloration : l’union charnelle accompagnée d’un léger saignement ; il signifie aussi « sang » et se conjugue sous plusieurs formes : ṭamatha, yaṭmithu, yaṭmuthu.
Al-Layth ajoute : « On dit : ṭamatha l-jâriya lorsque tu la déflaures ; dans leur langue, la ṭâmith est la femme qui a ses règles. »
Abû l-Haytham poursuit : « Pour une femme, on dira ṭamathat – taṭmithu lorsqu’elle saigne à la défloration ; et ṭamathat ʿalayya – taṭmithu lorsqu’elle a ses premières règles ; elle est alors ṭâmith. »
Commentant le vers du poète Farazdaq : « Elles sont sorties vers moi, intactes avant moi… et plus saines que des œufs d’autruche », il précise que cela signifie : « personne ne les avait touchées. »
Les exégètes concluent : « Nul ne les a pénétrées, approchées, ni ne s’est uni charnellement à elles. » Telles sont leurs expressions.
Ils divergent toutefois sur l’identité de ces femmes. Certains soutiennent qu’il s’agit de créatures formées au Paradis, parmi ses houris. D’autres estiment qu’il s’agit des femmes de ce monde, recréées sous une nouvelle forme, vierges comme elles sont décrites.
Al-Shaʿbî dit : « Ce sont des femmes de ce monde ; depuis qu’elles ont été re-créées, personne ne les a touchées. »
Maqâtil : « Parce qu’elles ont été créées au Paradis. »
Selon ʿAtâ’, Ibn ʿAbbâs affirmait : « Ce sont des filles d’Adam mortes vierges. »
Al-Kalbî commente : « Dans la forme où elles ont été recréées, ni homme ni djinn ne les a jamais possédées. »
Quant à moi, l’évidence du Coran est que ces femmes ne proviennent pas des habitantes de la terre ; ce sont bien des houris. Les femmes d’ici-bas, en effet, ont été touchées par les hommes, et les femelles des djinns par les djinns ; tel est le sens du verset.