Les exégètes divergent ici quant au sens du mot « descendance » (dhurriyyah) : s’agit-il des enfants encore mineurs, des enfants déjà majeurs, ou des deux à la fois ? Trois positions sont rapportées. La discussion tourne autour de l’expression « par la foi » (bi-îmân) : doit-on l’entendre comme un état se rapportant à la descendance qui suit, ou bien aux croyants auxquels elle est rattachée ?
-
Premier avis : il s’agit des descendants majeurs. Le sens serait alors : « Ceux qui ont cru, et dont Nous avons fait rejoindre la descendance dans leur foi ; lorsque leurs enfants ont accompli une foi comparable à la leur, Nous les avons élevés au même rang qu’eux. » Ils invoquent en faveur de cette interprétation la lecture qui met le verbe « suivre » au sujet de la descendance : « et leur descendance les a suivis… ». Ils rappellent aussi que le Coran emploie le terme dhurriyyah pour des adultes, ainsi qu’en attestent les passages : « Et parmi sa descendance, David et Salomon… » (6 : 84) ; « Descendance de ceux que Nous avons transportés avec Noé… » (17 : 3) ; et la parole d’Adam et de ses fils : « Nous étions, après eux, une descendance ; vas-Tu donc nous faire périr pour ce qu’ont fait les imposteurs ? » (7 : 173) – propos tenus par des hommes doués de raison. Ils invoquent encore le hadith rapporté par Saʿîd ibn Jubayr, d’après Ibn ʿAbbâs, selon lequel le Prophète ﷺ a dit : « Allah élève la descendance du croyant à son rang, même si elle est en-deçà de lui en œuvres, afin que son regard s’en réjouisse. » Cela montre, disent-ils, que les enfants entrent au Paradis grâce à leurs propres actes, mais que ceux-ci ne suffisent pas à atteindre le degré de leurs pères ; Allah les y hisse donc par miséricorde. Ils ajoutent : la foi est une parole, une action et une intention ; or cela ne concerne que les majeurs. Ainsi, lorsque la descendance réalise une foi comparable à celle du père – tel est le véritable sens du « suivre » –, Allah les réunit à lui ; et s’ils lui sont inférieurs en foi, Il les élève néanmoins à son degré pour réjouir son regard et compléter sa félicité. C’est de la même manière que les épouses du Prophète ﷺ partageront son rang par suivi, sans que leurs œuvres suffisent à l’atteindre.
-
Deuxième avis : la descendance visée est celle des mineurs. Le sens serait : « Ceux qui ont cru, et dont Nous avons fait rejoindre la descendance grâce à la foi des pères. » De même que, dans les affaires du monde – héritage, prix du sang, prière funéraire, inhumation dans les cimetières des musulmans, etc. –, les mineurs suivent le statut de leurs parents, ils les suivent aussi en matière de foi, à l’exception bien entendu des dispositions propres aux adultes.
Dans cette lecture, l’expression « par la foi » (bi-îmân) se trouve à l’accusatif comme circonstanciel pour les deux compléments d’objet : « — et Nous leur avons fait rejoindre leur descendance par la foi des pères ».