Tel est l’éclat de la nature originelle qui vient se superposer à la lumière de la Révélation ; tel est l’état du cœur vivant et lucide.
Chez celui qui possède un tel cœur, la relation entre son for intérieur et les significations du Coran est parfaite : il les perçoit comme si elles étaient déjà gravées en lui, et il les récite par cœur.
Il est pourtant des hommes dont la disposition n’est pas totale, dont le cœur n’est pas pleinement éveillé ni la vie spirituelle achevée ; ils ont alors besoin d’un témoin qui leur distingue le vrai du faux. La vitalité de leur cœur n’est pas encore parvenue à un degré suffisant pour contempler, réfléchir et saisir par lui-même ces sens, de sorte qu’ils reconnaissent aussitôt la Vérité.
Le premier cas est celui de celui qui voit de ses propres yeux ce à quoi il est convié et ce dont on l’informe. Le second est celui qui sait la véracité de l’information et en est certain ; il dit : « Le seul fait qu’on me l’ait rapporté me suffit. » Celui-là se trouve au degré de la foi (îmân), tandis que le premier se situe au degré de l’excellence (ihsân).
Ce dernier est parvenu à ‘ilm al-yaqîn (la certitude fondée sur la connaissance), et son cœur s’est ensuite élevé au rang de ‘ayn al-yaqîn (la certitude fondée sur la vision). Il détient ainsi l’adhésion ferme qui l’a fait sortir de l’incrédulité et entrer dans l’islam.
Or, ‘ayn al-yaqîn se décline en deux formes : l’une en ce monde, l’autre dans l’au-delà. Celle qui se réalise ici-bas se rapporte au cœur comme l’objet visible se rapporte à l’œil. Quant aux réalités de l’invisible annoncées par les messagers, elles seront contemplées dans l’au-delà par la vue physique, et dès ici-bas par la clairvoyance intérieure ; elles constituent donc, dans l’un et l’autre cas, une véritable ‘ayn al-yaqîn.