Ceci est l’une des analogies illustratives les plus éloquentes : elle assimile la lacération de l’honneur d’un frère à la lacération de sa propre chair.
En effet, lorsque le médisant déchire la réputation de son frère en son absence, il se trouve dans la même position que celui qui découpe sa chair alors que son âme l’a quitté par la mort.
Et comme la victime de la médisance est incapable de se défendre, puisqu’elle n’assiste pas à l’assemblée où l’on l’accable, elle est comparable au mort dont on mutile la chair sans qu’il puisse se protéger.
Par ailleurs, la fraternité exige par essence miséricorde, lien et entraide ; or le médisant y accroche l’exact contraire : blâme, dénigrement et attaque. Son acte équivaut donc à découper la chair de son frère, alors que la fraternité commande de le préserver, le protéger et plaider sa cause.
De plus, comme le médisant se délecte de l’honneur de son frère, se divertit de son absence et savoure son dénigrement, s’en parant même, il a été comparé à celui qui, après avoir découpé la chair de son frère, la mange.
Et parce qu’il aime et admire cette pratique, il est assimilé à celui qui prend plaisir à manger la chair de son frère mort ; or éprouver de l’amour pour cet acte est un degré supplémentaire par rapport au simple fait de la manger, tout comme la manger dépasse le seul fait de la déchirer.
Réfléchis donc à la finesse de cette comparaison, à la justesse de sa place et à la parfaite correspondance entre l’intelligible et le perceptible. Considère encore la manière dont Allah les informe de l’horreur qu’il y a à manger la chair d’un frère mort, les décrit ainsi à la fin du verset et les réprouve dès le début : « L’un de vous aimerait-il…? » Puisqu’ils éprouvent naturellement de la répulsion pour cet acte, comment peuvent-ils aimer ce qui en est l’équivalent et le pendant ?
Il leur oppose donc ce qu’ils exècrent à ce qu’ils affectionnent et assimile ce qu’ils aiment à ce qui leur inspire la plus vive aversion.
C’est pourquoi la raison, la nature innée et la sagesse imposent qu’ils soient encore plus prompts à fuir ce qui lui ressemble et l’évoque. Et c’est Allah qui accorde le succès.