à la noirceur, alors que les autres l’ont rapporté exclusivement à la blancheur, ou à une blancheur se détachant sur du noir.
Le ḥawr, appliqué au regard, désigne une harmonie née de la beauté du blanc et du noir, de leur juste proportion et du fait que chacun emprunte de sa grâce à l’autre. On parle d’un œil ḥawrâʾ lorsque la blancheur de son blanc et la profondeur de son noir s’intensifient. On ne qualifie une femme de ḥawrâʾ que si, au ḥawr de ses yeux, s’ajoute la blancheur de son teint.
Quant au terme ʿayn – pluriel de ʿaynâʾ –, il s’emploie pour la femme aux grands yeux. Pour un homme on dira aʿyan lorsqu’il a l’œil large, pour une femme ʿaynâʾ, le pluriel étant ʿayn. L’avis le plus sûr est que les ʿayn sont celles dont les yeux réunissent toutes les qualités de beauté et d’attrait. Maqâtil affirme : « al-ʿayn sont celles qui ont de beaux yeux. » Parmi les charmes féminins figure l’ampleur allongée du regard, tandis qu’un œil étroit compte parmi les défauts.
44:54 « Nous les marierons à des houris aux grands yeux. » Abû ʿUbayda explique : « Nous les avons mis en couples, comme on appaire une sandale à son pendant ; Nous les avons unis deux par deux. » Yûnus ajoute : « Nous les avons associés à elles ; il ne s’agit pas ici du contrat de mariage. » Il précise : « Les Arabes ne disent pas : tazawwajtu bihâ, mais tazawwajtuhâ. » Ibn Naṣr commente : « La Révélation confirme l’opinion de Yûnus. »
La preuve en est la parole divine – 33:37 : « Lorsque Zayd eut cessé toute relation avec elle, Nous te la fîmes épouser. » S’il s’était agi de la tournure tazawwajtu bihâ, le texte aurait dit : « Nous t’avons uni à elle. » Ibn Sallâm rapporte toutefois que, dans le parler des Banû Tamîm, on emploie aussi bien tazawwajtu imraʾatan que tazawwajtu bihâ, ce qu’atteste également al-Kisâʾî. Al-Azharî précise : « Les Arabes disent : zawwajtuhu imraʾatan (je lui ai donné une femme en mariage) et tazawwajtu imraʾatan ; ils n’emploient pas tazawwajtu bimraʾatin. »
Concernant l’énoncé : « Nous les marierons à des houris aux grands yeux », le sens est donc : Nous les associerons à elles. Al-Farrâʾ note que cette construction appartient au dialecte des Azd Shanûʾa. Al-Wâḥidî juge l’explication d’Abû ʿUbayda préférable, car il comprend ici « marier » au sens de « faire d’un être son pair », non de conclure un contrat nuptial. Ainsi peut-on dire : « Il était seul, je l’ai apparié à un autre », tout comme on dirait : « Je l’ai fendu à l’aide d’un second. » La préposition bi n’est donc rejetée, par ceux qui la bannissent, que lorsqu’il s’agit explicitement de la conclusion d’un mariage.