C’est pourquoi ʿAbd Allâh b. ʿUmar a dit : « Allâh n’a créé de Sa main que trois choses : Il a créé Adam de Sa main, Il a planté le jardin du Firdaws de Sa main et Il a écrit la Torah de Sa main. » Si la « main » ne désignait que la puissance, ces œuvres ne jouiraient d’aucun traitement particulier ; Adam ne posséderait alors aucun mérite supplémentaire par rapport à tout ce qui, comme lui, a été façonné par la seule puissance.
Le Prophète ﷺ a rapporté, en effet, que « les gens du Rassemblement viendront trouver Adam, le Jour de la Résurrection, et lui diront : “Ô Adam ! Tu es le père des hommes ; Allâh t’a créé de Sa main.” »
De même, lors de la controverse entre Adam et Moïse, Adam déclare à Moïse : « Allâh t’a choisi pour Sa parole et Il a inscrit pour toi les Tables de Sa main », et, dans une autre version : « Il t’a écrit la Torah de Sa main. » Ce récit figure parmi les hadiths les plus authentiques.
Il en va de même pour le hadith célèbre où les anges disent : « Seigneur, Tu as créé les fils d’Adam pour qu’ils mangent, boivent, se marient et chevauchent ; accorde-leur donc la vie d’ici-bas et réserve-nous l’Au-delà. » Allâh, exalté soit-Il, répondit : « Je ne mettrai pas les vertueux parmi la descendance de celui que J’ai créé de Mes deux mains et dans lequel J’ai insufflé de Mon esprit, sur le même rang que celui à qui J’ai simplement dit : “Sois !”, et il fut. »
Cette exclusivité se comprend uniquement à partir de la parole : « khalaqtu biyadayya » (Je l’ai créé de Mes deux mains). Si elle avait été de la même facture que l’expression : mimmā ʿamilat aydînâ (« de ce qu’ont façonné Nos mains »), Adam et les bestiaux n’auraient alors fait l’objet d’aucune distinction. Or, les musulmans ont saisi que le verset 38 : 75 : « Qu’est-ce qui t’a empêché de te prosterner devant ce que J’ai créé de Mes deux mains ? » confère à Adam une particularité et une supériorité – celle d’avoir été créé par les deux Mains divines – par rapport à ceux à qui l’on ordonna de se prosterner devant lui. Les gens du Rassemblement y ont vu, eux aussi, l’un de ses privilèges. Assimiler dès lors ce verset à l’énoncé 36 : 71 : « N’ont-ils pas vu que Nous avons créé pour eux, parmi ce que Nos mains ont façonné, des bestiaux ? » relève d’une méprise totale.