Quant à son assertion selon laquelle « al-abwâb » (« les portes ») constituerait un badal al-ichtimâl (apposition d’inclusion), il faut rappeler que, d’après lui-même comme d’après d’autres grammairiens, un tel procédé suppose impérativement la présence d’un pronom. Certes, certains ont contesté cette condition, mais le pronom peut être soit exprimé, soit simplement sous-entendu. Or, ici, il n’est pas formulé ; il faut donc le restituer implicitement : « les portes [d’entre elles] ». Si l’on reconstruit alors la phrase sous la forme : « muftaḥatun la-hum – hiya al-abwâb – min-hā » (« ouvertes pour eux : ce sont les portes – parmi elles »), on en vient à accumuler les pronoms implicites, alors qu’il vaut mieux en réduire le nombre.
[Sourate Ṣād (38), verset 75] : « Il dit : “Ô Iblîs, qu’est-ce qui t’a empêché de te prosterner devant ce que J’ai créé de Mes deux mains ? T’es-tu enflé d’orgueil ou te considères-tu parmi les hauts placés ?” »
Le mot yad (« main ») se présente dans le Coran sous trois formes : au singulier, au duel et au pluriel.
• Au singulier, comme dans 68 :1 : « tabâraka alladhî biyadihi al-mulk » (« Béni soit Celui dans la main duquel est la royauté »).
• Au duel, comme dans : « khalaqtu biyadayya » (« J’ai créé de Mes deux mains »).
• Au pluriel, comme dans : « ʿamilat aydînâ » (« que Nos mains ont façonné »).
Chaque fois que la “main” est exprimée au duel, le verbe est rapporté à Allah par un pronom singulier et l’action est reliée aux deux mains par la préposition bi- : « khalaqtu biyadayya ». Lorsqu’elle est citée au pluriel, le verbe est directement rattaché aux mains et n’est pas introduit par bi-.
On distingue ainsi trois différences ; dès lors, l’expression « khalaqtu biyadayya » n’autorise pas la même interprétation métaphorique que « ʿamilat aydînâ ». En effet, tout auditeur comprend de « ʿamilat aydînâ » ce qu’il comprendrait de « ʿamilnâ » ou « khalaqnâ », de même qu’il le fait pour « fabimâ kasabat aydîkum » (« à cause de ce que vos mains ont acquis »). En revanche, pour « khalaqtu biyadayya », si l’on n’entendait que l’action elle-même, la mention de la “main” après que l’acte a déjà été attribué à l’Auteur serait dénuée de sens – a fortiori avec l’ajout de la préposition bi-, et plus encore lorsque la main est exprimée au duel.
La raison de cette différence est que l’action peut être attribuée à la main de son propriétaire, l’intention étant de l’attribuer à sa personne, comme dans « bimâ qaddamat yadâka » (« pour ce qu’ont avancé tes deux mains ») ou « fabimâ kasabat aydîkum ». Mais lorsque l’action est d’abord rapportée au sujet, puis reliée par bi- à la main, qu’elle soit au singulier ou au duel, il s’agit d’un acte directement accompli par Sa main.