a donné et s’est prémuni.»
Il n’y a là aucune précision, ni sur ce qui a été donné, ni sur la personne bénéficiaire.
De même dit-on : «Un tel donne, fait l’aumône, offre des présents, accomplit le bien.»
Le Prophète ﷺ a déclaré : «Ô Allah, nul ne peut retenir ce que Tu accordes, et nul ne peut accorder ce que Tu retiens.»
Ici, l’objectif est de souligner l’exclusivité d’Allah – exalté soit-Il – en matière de largesse et de privation. Mentionner l’objet du don ou le bénéficiaire n’apporterait donc rien ; le propos vise à affirmer que l’acte même d’accorder ou de refuser ne relève que de Toi, nul ne partage avec Toi cette prérogative. Introduire les deux compléments affaiblirait dès lors la plénitude et l’éloquence du sens.
Lorsque, au contraire, il importe d’énoncer les deux compléments, le Coran les fait apparaître tous deux ; par exemple (108 : 1) : «Nous t’avons certes accordé al-Kawthar.» Ici, Allah informe Son Messager ﷺ de la faveur particulière qu’Il lui a octroyée ; l’idée ne serait pas complète sans les deux compléments. Il en va de même du verset 76 : 8 : «Et ils offrent la nourriture, malgré l’amour qu’ils en ont, au pauvre, à l’orphelin et au prisonnier.»
Si seul l’un des compléments est voulu, on s’en tient à celui-là, comme dans : «…et ils acquittent la zakât.» L’intention est d’indiquer qu’ils remplissent ce devoir sans le négliger ; c’est pourquoi seul cet élément est mentionné.
Dans la plainte des gens de l’Enfer (74 : 43-44) : «Nous n’étions pas de ceux qui priaient et nous ne nourrissions pas le pauvre», l’objectif est de signaler qu’ils ont lésé le nécessiteux, lui refusant son droit et durcissant leur cœur à son égard ; la mention du destinataire de l’aumône suffit donc, sans qu’il soit besoin de rappeler la nourriture elle-même.
Médite cette méthode coranique : il met en avant ce qui importe et retranche le reste ; tu y verras l’un des aspects de son inimitabilité et de l’excellence de son éloquence.
Quant au verbe «laisser» (taraka), il ne suggère rien de tel et ne constitue pas un éloge. Dire : «Untel laisse…» n’apporte en soi aucune information utile, à la différence de : «Il nourrit», «Il donne», «Il offre», etc., où l’on peut se contenter du verbe nu ; pour «laisser», il faut impérativement préciser l’objet abandonné.
C’est pourquoi l’on ne dit pas : «Untel se contente de laisser», tandis qu’on dira : «Il nourrit» (muṭʿim) ou «Il pourvoit». L’un des Noms divins est d’ailleurs al-Muʿṭī (Le Donateur).
Assimiler «laisser» à «donner» constitue donc l’une des analogies les plus viciées.