et l’on comprend ce qui a été omis grâce à ce qui, ailleurs, a été énoncé. Le plus souvent, cet élément est effectivement mentionné, son élision demeurant rare. Quant au cas où il serait systématiquement passé sous silence – sans être cité une seule fois ni même suggéré par le moindre indice linguistique –, un tel procédé n’existe pas dans le Coran.
Troisièmement, dans la récitation d’Ibn Masʿūd on lit : « wa taraknā ʿalayhi fil-ākhirīn, salāman », salāman étant à l’accusatif ; cette lecture prouve que l’ellipse porte précisément sur la salutation elle-même.
Quatrièmement, si le mot « paix » était détaché de la proposition précédente, cela porterait atteinte à la clarté et à la vigueur du discours ; il ne serait alors pas convenable de s’arrêter au segment antérieur.
Considère l’état de l’auditeur lorsqu’il entend : « wa taraknā ʿalayhi fil-ākhirīn ». Son cœur demeure en attente, avide de la suite et du profit qu’il tirera de la parole ; il ne sent pas que le sens est clos ni que l’utilité de la phrase s’épuise ici. Au contraire, il reste en quête de son accomplissement – accomplissement que constitue précisément ce qui a été élidé. S’arrêter sur « al-ākhirīn » ne correspond donc pas à une pause complète.
Objection : il serait malgré tout permis de supprimer le complément, puisque le verbe « taraka » a ici le sens de « ʿaṭā » (accorder). Allah a, en effet, accordé à Noé un bel éloge qu’Il lui conserve pour l’au-delà ; or, dans le domaine de « ʿaṭā », on peut exprimer les deux compléments, les omettre tous deux ou ne garder que l’un d’eux, et le Coran en fournit des exemples :
– 108 :1 : « Nous t’avons certes accordé al-Kawthar » : les deux compléments sont exprimés ;
– 92 :5 : « Quant à celui qui donne… » : les deux sont omis ;
– 98 :5 : « Ton Seigneur te donnera certes… » : seul le premier complément apparaît ;
– « …et ils acquittent la zakât » : le premier complément est élidé, le second conservé.
Réponse : le verbe « donner » est, en soi, un éloge ; son simple énoncé signifie que le bénéficiaire a reçu quelque chose du donateur. Parce qu’il renvoie à la bienfaisance, à l’utilité et à la bonté, on peut, selon l’objectif recherché, mentionner les deux compléments, les supprimer ou n’en garder qu’un.
Ainsi, lorsque l’intention est seulement de mettre en évidence la réalité même du don – réalité qui libère le serviteur de l’avarice, de la pingrerie et de la rétention, toutes choses contraires à la bienfaisance –, on se contente de citer le verbe à l’état nu, comme dans la parole du Très-Haut : « Fa-ammā man… »