de l’exposé des avis ; il ne s’agit en réalité que d’une seule et même opinion.
Sourate as-Ṣâffât (37), verset 79
« Paix sur Noé dans l’univers. »
Ainsi, celui qui dit que l’élément omis n’est autre que cette salutation elle-même, laquelle leur sera adressée dans l’au-delà, considère nécessairement que l’énoncé « Paix sur Noé » tient la place de complément direct régi par « Nous avons perpétué ». Le sens devient alors : les habitants de tous les mondes adressent la paix à Noé, puis, après lui, à l’ensemble des prophètes.
Quant à celui qui l’explique par l’« évocation véridique » et la « louange méritoire », il se réfère à ce que la salutation implique et entraîne : l’éloge des prophètes et la langue de vérité qu’Allah leur a accordée, si bien que, chaque fois qu’on les mentionne, on prie pour eux.
Un groupe – parmi lesquels Ibn ʿAṭiyya – a toutefois soutenu que, pour celui qui comprend le verset ainsi : « Nous avons perpétué pour lui une louange méritoire et une langue de vérité », la formule « Paix sur Noé dans l’univers » constitue une phrase indépendante, sans fonction grammaticale ; il s’agirait d’un salut qu’Allah adresse Lui-même à Son prophète.
Ils ont dit : ce salut divin est pour Noé une garantie, au sein de l’humanité, qu’aucun ne le mentionnera jamais de façon blâmable – ainsi l’a rapporté aṭ-Ṭabarânî.
À première vue, cette thèse pourrait trouver appui dans le fait qu’Allah – exalté soit-Il – affirme que ce qui a été laissé à Noé concerne « les générations ultérieures », alors que le salut est proclamé « dans l’univers » ; de même, Ibn ʿAbbâs a déclaré : « Allah a maintenu pour lui une louange méritoire. » Néanmoins, cette opinion reste faible pour plusieurs raisons.
Premièrement, elle implique la suppression de l’objet du verbe « Nous avons perpétué », ce qui prive la phrase de portée, puisque le sens se ramènerait à : « Nous avons laissé pour lui, chez les générations futures, quelque chose que le texte ne nomme pas », la salutation, selon cette lecture, étant détachée de ce qui précède et sans lien syntaxique avec le verbe.
Deuxièmement, si l’objet avait réellement été élidé, comme ils le prétendent, il aurait dû être mentionné au moins une fois afin que l’on sache à quoi renvoie l’omission ; or, dans tous les passages où Allah informe avoir laissé à quelqu’un une louange méritoire parmi la postérité, cet objet est constamment omis. Telle est la méthode du Coran, et, plus largement, de tout discours éloquent : on énonce une chose en un endroit, puis on l’omet ailleurs, la première mention permettant de comprendre l’élision ultérieure.