Il l’aurait maintenue fixe et immobile dans cet état. Puis Il créa le soleil et le plaça comme repère de cette ombre ; celle-ci le suit dans sa course : avec lui elle s’allonge ou se raccourcit, s’étire ou se rétracte. L’ombre demeure donc tributaire du soleil, à la manière de ce qui est indiqué par rapport à l’indice qui le signale.
Une autre lecture est toutefois possible : on peut entendre par « Nous la retirons » son enlèvement au moment de l’Heure suprême, lorsque ses causes – les astres qui projettent les ombres – seront eux-mêmes retirés. Le texte mentionnerait ainsi la disparition de l’ombre par la disparition de ses causes, tout comme il avait évoqué sa création par la création de ces mêmes causes.
L’expression : « Nous la retirons vers Nous » semble aller dans ce sens. Quant à « par un retrait progressif et aisé », elle rappelle 50 : 44 : « Voilà un rassemblement facile pour Nous. » Le fait que le verbe « Nous l’avons retirée » soit formulé au passé ne contredit en rien cette interprétation, de même que dans 16 : 1 : « L’ordre d’Allah est arrivé. » Néanmoins, l’explication la plus forte du verset reste la première.
[Sourate al-Furqân (25) : verset 55]
« Et ils adorent, en dehors d’Allah, ce qui ne peut ni leur profiter ni leur nuire ; quant au mécréant, il se fait soutien contre son Seigneur. » ⦗55⦘
Voilà l’une des tournures les plus subtiles du Coran et l’un de ses sens les plus nobles : le croyant se tient constamment avec Allah contre son propre ego, ses passions, son démon et l’ennemi de son Seigneur. Tel est le sens de son appartenance au parti d’Allah, à Ses troupes et à Ses alliés. Il combat donc avec Allah Ses ennemis, qu’ils soient en lui ou hors de lui ; il les affronte, les déteste et les hait pour Allah – à l’image des proches du roi qui se rangent à ses côtés pour combattre ses adversaires, alors que les sujets éloignés restent indifférents à cette guerre.
Le mécréant, lui, s’allie à son démon, à son ego et à ses passions contre son Seigneur. Les propos des Pieux Prédécesseurs tournent tous autour de cette idée. Ibn Abî Hâtim rapporte, d’après ‘Atâ’ ibn Dînâr, d’après Sa‘îd ibn Jubayr : « Il est une aide pour Satan contre son Seigneur par l’hostilité et l’association. » Layth et Mujâhid ont dit : « Il prête main-forte à Satan pour désobéir à Allah, il l’y assiste. » Zayd ibn Salim a déclaré : « Ẓahîr signifie : allié. »
En somme, il se range du côté de l’ennemi d’Allah afin de désobéir et d’associer, si bien qu’il se retrouve avec cet ennemi