la négation de celui-ci à plus forte raison. Selon lui, ce verbe annule donc son prédicat, qu’il soit lui-même nié ou affirmé. Ainsi, l’énoncé : « lam yakad Zayd yaqûmu » (« Zayd n’a même pas été sur le point de se lever ») exprime, à ses yeux, une négation plus énergique que « lam yaqom » (« il ne s’est pas levé »). Il soutient en effet que, nié, kâda étant un verbe de proximité, c’est la proximité même de l’acte qui disparaît – ce qui est plus fort que de nier l’acte. Affirmé, il ne fait qu’établir la simple proximité du sujet à l’action, d’où l’on conclut nécessairement que celle-ci n’a pas eu lieu.
Pour défendre cette position face à des textes tels que la parole divine 2 : 71 : « Ils l’égorgèrent, alors qu’ils avaient failli ne pas le faire », ou des tournures comme : « Je suis arrivé jusqu’à toi, alors que j’avais bien peu de chance d’y parvenir », ou : « Je t’ai salué, alors que j’étais presque incapable de le faire », il explique qu’il s’agit en réalité de deux propos distincts, juxtaposés. Le premier affirme la réalisation de l’acte ; le second rappelle que, juste avant, l’agent n’y était même pas proche, au point d’en désespérer. Les deux segments visent donc deux états bien différents.
Une quatrième école, pour sa part, distingue entre l’emploi au passé et au futur. Affirmé, kâda exprimerait toujours la proximité de l’acte, que le verbe soit conjugué au passé ou au futur. Négatif, il servirait, au futur, à nier l’acte et sa proximité – comme dans : « lam yakad yarâ-hâ » (« il n’en perçoit presque rien ») – tandis qu’au passé il impliquerait que l’action a fini par se réaliser, ainsi que dans : « Ils l’égorgèrent, alors qu’ils avaient failli ne pas le faire » (2 : 71).
Telles sont, en définitive, les quatre approches des grammairiens concernant ce verbe.
L’avis le plus fondé est toutefois que kâda reste simplement un verbe de proximité, soumis aux mêmes règles que les autres. La négation du prédicat ne découle pas de son sens premier ; elle s’infère seulement de ce que ce sens implique : affirmer que l’action est « sur le point » de se produire revient à constater qu’elle ne s’est pas encore réalisée, d’où sa négation par voie de conséquence.
Lorsqu’il est employé de façon négative dans une seule proposition, le verbe ne fait donc que nier la proximité : « le fainéant ne réussit guère », « l’avare se taille rarement une renommée », « le lâche ne goûte guère à la joie », et ainsi de suite.
En revanche, s’il apparaît au sein de deux propositions distinctes, il signifie que l’acte s’est finalement accompli après avoir été, dans un premier temps, fort éloigné, ainsi que l’a expliqué Ibn Mâlik.