De plus, ces vagues sont elles-mêmes recouvertes d’un nuage.
Nous avons donc ici plusieurs ténèbres superposées : la ténèbre de la mer profonde, celle de la vague située au-dessus, puis la ténèbre du nuage qui enveloppe le tout. Si l’homme plongé dans cette mer tendait la main, il l’apercevrait à peine.
Les exégètes se sont ensuite divisés sur le sens de cette expression :
– De nombreux grammairiens y voient la négation même de la « proximité de la vision ». C’est, à leurs yeux, plus fort que de nier la vision elle-même, car on peut refuser qu’un fait se produise tout en admettant qu’il ait été sur le point de se produire. Ici, le verset reviendrait à dire : « Il n’a, d’aucune manière, été près de la voir. »
Ces auteurs expliquent que kâda appartient aux « verbes de proximité » et suit, dans l’affirmation comme dans la négation, le régime des autres verbes : kâda yafʿalu (« il a failli faire ») affirme la proximité de l’acte ; lam yakad yafʿalu (« il n’a presque pas fait ») en nie jusqu’à la proximité.
– Un second courant soutient au contraire que la formule indique qu’il ne voit sa main qu’après un effort extrême ; elle établit donc bien la vision, mais au terme d’une difficulté maximale due à toutes ces ténèbres.
Selon eux, kâda possède en effet une particularité unique : affirmée, elle nie ; niée, elle affirme. Ainsi, quand on dit : mâ kudtu aṣilu ilayka (« je n’ai guère pu parvenir jusqu’à toi »), le sens véritable est : « je suis finalement arrivé jusqu’à toi après peine et labeur » – affirmation de l’arrivée. À l’inverse, l’énoncé : kâda Zayd yaqûmu (« Zayd a failli se lever ») équivaut à nier qu’il se soit levé, comme dans la parole d’Allah : 72 : 19 « Et lorsque le Serviteur d’Allah se leva pour L’invoquer, ils faillirent se ruer contre lui en foule » et 68 : 51 « Les mécréants manquent de te transpercer du regard lorsqu’ils entendent le Rappel… »
À ce propos, certains ont même composé une devinette en vers :
« Ô grammairien de notre temps, quel est donc ce vocable
Qui déjà courait sur les lèvres de Jurhum et de Thamûd ?
Employé sous forme négative, il affirme ;
S’il est affirmé, il tient lieu de dénégation. »
– Un troisième groupe, parmi lesquels Abû ʿAbd Allâh Ibn Mâlik et d’autres, estime quant à lui que l’usage affirmatif de kâda entraîne la négation de son prédicat, comme dans : kâda Zayd yaqûmu ; tandis que son emploi négatif implique