J’ai entendu Shaykh al-Islâm Ibn Taymiyya – qu’Allah lui fasse miséricorde – dire : « Le sens en est le suivant : il y avait là une lumière, ou bien une lumière s’est interposée empêchant que je Le voie ; comment, dès lors, pourrais-je Le voir ? »
Il ajouta : « La preuve en est que, dans certaines versions authentiques, on lit : ‟As-tu vu ton Seigneur ?” – et il répondit : ‟J’ai vu une lumière.” »
Ce ḥadith a déconcerté nombre de personnes ; certains sont même allés jusqu’à en proposer la leçon : « nûr innî arâ-hu » – en prenant le yâ pour la « yâ de relation » et en fondant les deux mots en un seul. C’est une erreur, tant sur la forme que sur le fond.
La cause de leur confusion tient au fait qu’ils s’étaient persuadés que le Messager d’Allah ﷺ avait effectivement vu son Seigneur ; dès lors, l’expression « an-nî arâ-hu » – qui équivaut à une négation de la vision – les a laissés perplexes, au point que certains ont écarté le ḥadith en avançant une prétendue discordance de ses termes. Tout cela revient à se détourner des indications explicites de la preuve.
ʿUthmân ibn Saʿîd ad-Dârimî a rapporté, dans son ouvrage La Vision, l’unanimité des Compagnons sur le fait que le Prophète ﷺ ne vit pas son Seigneur lors de la nuit de l’Ascension (al-Miʿrâj) ; quelques-uns ont toutefois excepté Ibn ʿAbbâs de ce consensus.
Notre maître explique qu’en réalité il n’y a là aucune divergence : Ibn ʿAbbâs n’a jamais affirmé qu’il L’avait vu de ses yeux de chair. C’est sur cette interprétation qu’Aḥmad s’est appuyé dans l’une des deux versions qui nous sont rapportées de lui, lorsqu’il déclare : « Il ﷺ a vu son Seigneur », sans préciser « avec ses yeux physiques ». La formulation d’Aḥmad reprend exactement celle d’Ibn ʿAbbâs – qu’Allah les agrée.
La pertinence de cette explication se trouve confirmée par ce que notre maître dit du sens du ḥadith d’Abû Dharr – qu’Allah l’agrée : dans un autre récit, le Prophète ﷺ affirme : « Son voile est lumière. » Or, cette lumière est – et Allah sait mieux – celle même dont il est question dans le ḥadith d’Abû Dharr : « J’ai vu une lumière. »
Fasl (section)
Quant à la parole du Très-Haut : « La parabole de Sa lumière est celle d’une niche contenant une lampe » (24 : 35), il s’agit d’une comparaison visant la lumière qu’Il place dans le cœur de Son serviteur croyant, comme l’ont expliqué Ubayy ibn Kaʿb et d’autres.