Quant au second, c’est un cœur faible, aqueux, sans force ni fermeté ; il accueille toute forme, mais n’a ni la capacité de conserver ces formes ni celle d’exercer la moindre influence sur autrui. Tout ce qui le touche le marque : le fort comme le faible, le pur comme le vil.
Dans le récipient de verre se tient une lampe : la clarté qui jaillit de la mèche, laquelle la porte.
Or cette lumière a besoin d’un combustible : une huile pressée d’un olivier planté dans l’endroit le plus équilibré, que le soleil atteint au lever comme au coucher ; cette huile figure parmi les plus limpides, la plus exempte de trouble, à tel point que, par sa seule pureté, elle semble près d’éclairer sans feu.
Tel est le combustible de la lampe.
De la même manière, le combustible de la lampe qui brille dans le cœur du croyant provient de l’arbre du waḥy (la Révélation), l’objet le plus béni, le plus préservé de tout égarement ; il incarne la voie moyenne, la plus droite et la meilleure : il n’a pas dévié comme le christianisme, ni comme le judaïsme, mais se tient entre ces deux extrêmes condamnables en toute chose.
Voilà le combustible de la lampe de la foi dans le cœur du croyant.
Parce que cette huile est si limpide qu’elle est presque lumineuse par elle-même, puis qu’elle se mêle au feu, son éclat s’en trouve intensifié et la part de lumière ignée qu’elle contient se fortifie : c’est là « lumière sur lumière ».
Il en va ainsi du croyant : son cœur est lumineux ; par sa nature originelle (fiṭra) et par sa raison, il est presque en mesure de reconnaître la vérité, mais, de lui-même, il ne possède pas la substance qui entretient cette clarté. Vient alors la matière du waḥy : elle touche son cœur, s’y mêle avec douceur, et la lumière que Dieu y avait inscrite s’accroît encore de celle du waḥy. Ainsi se conjuguent la lumière de la Révélation et la lumière de la fiṭra : lumière sur lumière. Il peut alors prononcer la vérité sans même en avoir entendu de tradition, puis il en entend une, conforme à ce que sa fiṭra avait attesté : c’est pour lui lumière sur lumière.
Telle est la condition du croyant : il perçoit la vérité, dans ses grandes lignes, par sa fiṭra, puis il entend la tradition qui la lui expose en détail ; ainsi sa foi naît-elle du témoignage conjugué de la Révélation et de la fiṭra.