du pont (ṣirāṭ) jusqu’à ce qu’ils l’aient entièrement franchi, chacun étant, sur ce passage, tributaire de la vigueur ou de la faiblesse que cette lumière possédait dans son cœur ici-bas.
Parmi eux, certains voient leur lumière resplendir tel le soleil ; chez d’autres, elle brille comme la lune ; pour d’autres encore, elle scintille à la manière des étoiles ; chez d’autres, elle n’est qu’une lampe ; et chez d’autres enfin, elle se limite à l’éclat qui apparaît sur le gros orteil : elle s’allume un instant puis s’éteint, car tel était l’état de leur lumière en ce monde. Sur le pont, ils en reçoivent donc l’exact équivalent ; c’est en réalité cette même lumière qui se manifeste à eux de façon visible.
Quant à l’hypocrite, n’ayant aucune lumière stable ici-bas – sa clarté n’étant qu’apparente, sans réalité intérieure – il ne reçoit qu’une lueur superficielle, qui aussitôt se perd dans les ténèbres et s’évanouit.
Allah a proposé, pour cette lumière, ainsi que pour son siège, son réceptacle et sa substance, l’exemple de la mishkāt, une niche creusée dans le mur ; elle figure la poitrine. Dans cette niche se trouve une lampe de verre, d’un verre si pur qu’on l’a comparé à un astre étincelant par sa blancheur et sa limpidité ; elle symbolise le cœur. On l’a assimilée au verre parce qu’elle réunit les qualités présentes dans le cœur du croyant : la limpidité, la délicatesse et la fermeté. Par sa limpidité, il perçoit la vérité et la guidance ; par sa délicatesse, il dispense tendresse, miséricorde et bienveillance ; par sa fermeté, il combat les ennemis d’Allah, se montre dur envers eux, s’endurcit dans la vérité et y demeure inébranlable. Aucune de ces qualités n’annule ni ne contredit l’autre ; elles se complètent et se soutiennent mutuellement : (48 : 29) « durs envers les mécréants, compatissants entre eux ». De même : (3 : 159) « C’est par une miséricorde venue d’Allah que tu as été doux avec eux ; si tu avais été rude, dur de cœur, ils se seraient dispersés loin de toi » ; et encore : (66 : 9) « Ô Prophète, lutte contre les mécréants et les hypocrites et sois dur à leur égard. »
Un athar rapporte : « Les cœurs sont les réceptacles d’Allah sur Sa terre ; ceux qu’Il aime le plus sont les plus délicats, les plus fermes et les plus purs. »
À l’opposé de ce cœur, il existe deux cœurs blâmables, situés aux antipodes l’un de l’autre.
Le premier est un cœur de pierre, dur : point de miséricorde, de bienfaisance ni de piété ; il est dépourvu de la limpidité qui permet de discerner la vérité. C’est, au contraire, un tyran ignorant, sans science du vrai et sans compassion pour les créatures.