Par ailleurs, le Très-Haut déclare (17 : 97) : « Celui qu’Allah guide est bel et bien sur la bonne voie ; et celui qu’Il égare – tu ne leur trouveras, en dehors de Lui, aucun protecteur. Nous les rassemblerons, le Jour de la Résurrection, traînés sur leurs visages, aveugles, muets et sourds. »
À propos de ce verset on a dit, là encore, qu’ils seront aveugles, muets et sourds à la guidance, comme on l’a soutenu pour la parole : « Nous le ferons comparaître, au Jour de la Résurrection, aveugle » – car, disent-ils, ce jour-là ils parleront, entendront et verront effectivement.
Ceux qui défendent l’idée qu’il s’agit d’une cécité, d’un mutisme et d’une surdité contraires à la vue, à l’ouïe et à la parole maintiennent, pour certains d’entre eux, qu’il s’agit d’une privation restreinte et non absolue : ils seront privés de voir et d’entendre tout ce qui pourrait leur apporter la moindre réjouissance. C’est pourquoi Ibn ʿAbbâs – qu’Allah l’agrée – a rapporté : « Ils ne verront rien qui puisse les réjouir. »
D’autres ont affirmé que ce rassemblement se produit dès que les anges recueillent leurs âmes ; ils quittent alors ce monde dans cet état, et lorsqu’ils se lèvent de leurs tombes pour se rendre au lieu du Jugement, ils se lèvent de la même façon ; ensuite seulement ils recouvrent l’ouïe et la vue. Cette opinion est attribuée à al-Hasan.
D’autres encore disent que cela n’a lieu qu’une fois qu’ils sont entrés en Enfer et s’y sont installés : on leur retire alors l’ouïe, la vue et la parole, lorsque le Seigneur leur dira (23 : 108) : « Restez-y, et ne Me parlez plus. » À cet instant, tout espoir s’évanouit, leurs facultés s’éteignent, et ils deviennent tous aveugles, muets, sourds ; ils ne voient, n’entendent ni ne prononcent plus rien, si ce n’est les gémissements et les halètements. Cette explication est rapportée de Muqâtil.
Quant à ceux qui estiment qu’il s’agit d’une cécité à l’égard de la preuve, ils ne veulent dire par là qu’une chose : ils ne disposent d’aucune preuve, non qu’ils en aient une qu’ils ne sauraient reconnaître. En réalité, ils demeurent aveugles à la guidance, comme ils l’étaient ici-bas ; car le serviteur meurt tel qu’il a vécu, et il sera ressuscité tel qu’il est mort.
Il apparaît donc que l’avis correct est le second : il s’agit d’une cécité des yeux. En effet, le mécréant verra la vérité de ses propres yeux le Jour de la Résurrection et reconnaîtra ce qu’il niait en ce bas-monde ; il ne sera donc pas, ce jour-là, aveugle à la vérité.