Il mentionne donc, au début du verset, la révélation qu’Il fit à Noé et aux prophètes venus après lui, puis Il distingue Moïse d’entre eux en déclarant qu’Il lui parla. Cela prouve que l’entretien qu’il reçut est plus spécifique que la simple révélation évoquée au début du verset.
Le Très-Haut a ensuite renforcé cette idée en recourant au nom d’action authentique tiré du verbe « parler » (kallama), à savoir « un véritable entretien » (taklîman), afin de réfuter l’opinion des négateurs, jahamites, muʿtazilites et consorts qui y voyaient une simple inspiration, un signe ou la transmission d’un sens interne par un moyen autre que la parole. L’emploi du nom d’action confirme la réalité de l’attribution et dissipe toute idée de métaphore.
Al-Farâʾ (m. 207 H) a dit : « Les Arabes appellent “parole” tout ce qui parvient à l’homme, quel qu’en soit le moyen. Toutefois, lorsqu’ils utilisent le nom d’action, ils ne désignent plus que la véritable parole. Il en va de même pour la volonté : on dit : “Un tel a voulu une volonté”, c’est-à-dire une volonté réelle. On dit encore : “Il a voulu le mur”, mais on ne dit pas : “une volonté”, car il s’agit alors d’une figure, non de la réalité. » Fin de citation.
Allah – Très-Haut – a dit encore (7 : 143) : « Lorsque Moïse vint au rendez-vous que Nous avions fixé et que son Seigneur lui parla, il dit : “Seigneur, montre-Toi à moi afin que je Te voie.” » Cet entretien diffère du premier, celui par lequel il fut envoyé vers Pharaon. Dans ce second entretien, il demanda la vision – ce qu’il ne fit pas lors du premier – et il y reçut les Tables. Celui-ci eut lieu à la suite d’une convocation préalable d’Allah, alors que le premier ne fut pas précédé d’une telle promesse. C’est au cours de ce second entretien qu’Allah lui dit (7 : 144) : « Ô Moïse, Je t’ai choisi parmi les hommes pour porter Mes messages et pour que Je te parle », c’est-à-dire : pour te parler, d’après le consensus des Anciens.
Dans Son Livre, le Très-Haut rapporte encore qu’Il l’appela (nâdâhu) et qu’Il lui parla à voix basse (nâjâhu) ; l’appel (nidâʾ) se fait de loin, la confidence (najwâ) de près. Les Arabes disent : lorsque le cercle s’élargit, on parle d’un appel ou d’une confidence.
Son père Adam lui dit, lors de la discussion qui les opposa : « Tu es Moïse, celui qu’Allah a distingué par Sa parole et à qui Il a tracé la Thora de Sa main. » Les gens de la Station, le Jour du Jugement, lui tiendront les mêmes propos lorsqu’ils lui demanderont d’intercéder auprès de son Seigneur. De même, dans le récit de l’Ascension, où le Prophète – paix et bénédictions sur lui – rencontra Moïse dans le sixième (ou le septième, selon les versions) ciel, il est dit : « C’est là une distinction qu’Allah lui a accordée en lui parlant. »
Si l’entretien accordé à Moïse avait été de la même nature que celui qui fut accordé aux autres prophètes, la distinction que lui confèrent ces hadiths n’aurait eu aucun sens, et il n’aurait pas été appelé « l’Interlocuteur du Tout-Miséricordieux » (Kalîm ar-Raḥmân).
Le Très-Haut a dit encore (42 : 51) : « Il n’est pas donné à un être humain qu’Allah lui parle autrement que par révélation, ou de derrière un voile, ou en envoyant… »