à la sunna ; sa conduite n’est entachée d’aucune négligence, bien au contraire il est résolu dans tout ce qu’il entreprend : qu’on s’attache donc fermement à ses pas.
On questionna Abû al-ʿAbbâs Thaʿlab au sujet de la parole du Très-Haut : « aghfalnâ qalbahu ʿan dhikrinâ » — « Nous avons rendu son cœur inattentif à Notre rappel ». Il répondit : « Nous l’avons laissé dans l’inattention. » Et d’ajouter : « Dans la langue on dit aussi : aghfaltuhu, “je l’ai traité d’inattentif”, ainsi que : wajadtu-hu ghâfilan, “je l’ai trouvé inattentif”. »
J’observe, pour ma part, que le mot ghufl désigne ce qui est vide ; on parle d’une arḍ ghufl pour une terre sans repère, et d’un kitâb ghufl pour un manuscrit dépourvu de signes diacritiques. Ainsi, aghfalnâ-hu signifie : « Nous l’avons laissé vide de rappel. » Il s’agit de le maintenir dans son non-être originel, car Allah — exalté soit-Il — n’a pas voulu pour lui le rappel ; il demeure donc dans l’inattention, laquelle devient son attribut propre. L’ighfâl est l’acte d’Allah conforme à Sa volonté : qu’Il ne veuille pas pour lui le souvenir ou qu’Il veuille son inattention, l’un et l’autre suffisent à expliquer son état. S’Il ne veut pas qu’il se rappelle, il ne se rappellera pas ; et s’Il veut son inattention, le rappel lui est refusé.
Si l’on demande : faut-il attribuer l’inattention, la mécréance, l’aversion et ce qui leur ressemble au fait que le Seigneur ne veut pas leurs contraires, ou bien au fait qu’Il ne veut pas qu’elles se produisent ?
Nous répondrons : le Coran mentionne l’une et l’autre. Allah — Très-Haut — dit (5 : 41) : « Ceux-là sont ceux dont Allah ne veut pas purifier les cœurs », Il dit encore (5 : 41) : « À celui qu’Allah veut éprouver, tu ne détiendras contre Allah aucune force », et Il dit (6 : 125) : « Celui qu’Allah veut guider, Il ouvre sa poitrine à l’islam ; quant à celui qu’Il veut égarer, Il rend sa poitrine étroite, oppressée, comme s’il montait vers le ciel. »
Si l’on objecte : comment l’absence même de la cause peut-elle produire un effet ?
Nous disons : lorsqu’un effet est existentiel, il requiert nécessairement une cause positive ; mais lorsqu’il s’agit d’une non-existence, l’absence de sa cause suffit : la chose demeure dans son néant originel. Attribuer cette non-existence à l’absence de la cause revient à rattacher la chose à son indice, car l’absence de la cause prouve l’absence de l’effet.
Et si, sous cet angle, on qualifie cette absence de « déterminante » ou « efficiente », il n’y a là aucune objection ; mais affirmer que le néant, en soi, puisse être à la fois effet et cause est impensable.