la vérité éclate : « C’est moi qui ai cherché à le séduire, et il est assurément du nombre des véridiques. Si j’ai parlé ainsi, c’est afin qu’il sache que je ne l’ai pas trahi en son absence, et qu’Allah ne guide jamais la ruse des traîtres. Et je ne m’innocente pourtant pas moi-même. »
Quant à celui qui attribue ces paroles à Joseph, il lui faut supposer l’omission d’une proposition — hypothèse à laquelle le texte ne fournit aucun appui. Or, dans ce type de passages, on ne retranche pas une portion de discours, afin d’éviter toute confusion ; au mieux, le verset peut se prêter aux deux lectures, mais la première s’impose avec évidence.
Deuxième argument : Joseph — paix sur lui — n’était pas présent quand elle prononça ces mots ; il se trouvait alors en prison, comme le contexte le montre sans équivoque. Lorsque le roi lui fit parvenir une convocation, il répondit au messager : « Retourne auprès de ton seigneur et demande-lui : “Qu’en est-il des femmes qui se sont entaillé les mains ?” » Le roi les fit donc comparaître — la femme de l’‛Azîz étant parmi elles — et les interrogea. Toutes attestèrent, en son absence, de son innocence et de sa pureté, n’ayant d’autre choix que de dire la vérité. Les femmes déclarèrent : « Qu’Allah nous en préserve ! Nous ne connaissons rien de blâmable à son sujet. » Et la femme de l’‛Azîz ajouta : « C’est moi qui ai cherché à le séduire, et il est certes du nombre des véridiques. »
On objectera : « Cependant, la phrase : “C’est afin qu’il sache que je ne l’ai pas trahi en son absence, et qu’Allah ne guide jamais la ruse des traîtres” conviendrait mieux à la bouche de Joseph — paix sur lui — ; autrement dit, si j’ai retardé ma venue auprès du roi, c’était pour qu’il sache que je ne l’avais pas trahi avec sa femme durant son absence, et qu’Allah ne guide pas la ruse des traîtres. » Il aurait alors poursuivi : « Je ne m’innocente pourtant pas moi-même : l’âme est certes portée au mal, sauf si mon Seigneur fait miséricorde ; mon Seigneur est Pardonneur et Très Miséricordieux. » Telle est la marque de sa parfaite connaissance — paix sur lui — de son Seigneur et de lui-même : après avoir établi son intégrité et son innocence, il parle de l’état de son âme, qu’il ne flatte ni n’absout, car elle incite au mal ; seule la miséricorde et la grâce de son Seigneur l’ont préservé. Ainsi, après avoir manifesté son innocence, il renvoie toute chose à Allah.
On répond : bien qu’un groupe ait défendu cette lecture, la position correcte est que la phrase appartient toujours au discours de la femme. En effet, tous les pronoms s’enchaînent d’un seul tenant, comme le montrent la parole des femmes : « Nous ne connaissons rien de blâmable à son sujet » et celle de la femme de l’‛Azîz : « C’est moi qui ai cherché à le séduire, et il est certes du nombre des véridiques. » Ces cinq pronoms, explicites ou implicites, introduisent aussitôt la suite :