ce spectacle resplendissant. Dans leurs mains, chacune tenait un couteau pour découper ce qu’elle mangeait ; frappées de stupeur, elles s’entaillèrent les mains sans même s’en rendre compte.
On a rapporté qu’elles se seraient carrément tranché les mains, mais l’évidence contredit cette version : « se couper les mains » signifie ici qu’elles se les sont blessées et entaillées avec leurs couteaux, tant l’ébahissement causé par ce qu’elles voyaient les avait égarées. Ainsi, la femme de l’‛Azîz opposa à leur ruse verbale une ruse pratique ; et, s’agissant des femmes, c’est là l’illustration même de la ruse portée à son comble.
[Sourate Yûsuf (12), verset 40]
« Vous n’adorez, en dehors de Lui, que des noms que vous et vos pères avez inventés ; Allah n’a fait descendre pour cela aucune preuve. Le commandement n’appartient qu’à Allah ; Il a ordonné de n’adorer que Lui. Telle est la religion droite, mais la plupart des gens ne savent pas. » ⦗40⦘
En vérité, ils n’ont adoré que des appellations, parce qu’ils ont affublé de faux noms – tels al-Lât et al-‛Uzzâ – de simples choses qui, en réalité, ne portent aucun des attributs divins. Ils les ont nommées « divinités » et les ont vénérées, croyant qu’elles possédaient une véritable nature divine, alors qu’il ne leur reste de la divinité que le nom, dépourvu de la moindre réalité. Ils n’ont donc adoré que des noms sans référent.
C’est comme celui qui appellerait des pelures d’oignon « viande » puis les mangerait : on lui dirait ; « Tu n’as mangé de viande que le mot, non la chose. » Ou comme celui qui qualifierait de la poussière de « pain » et la mangerait ; on lui dirait : « Tu n’as mangé que le nom du pain. » La négation est ici encore plus catégorique à l’endroit de leurs idoles : sous aucun aspect, elles ne détiennent la moindre réalité de divinité ; il n’y a là que de purs noms. Médite donc cette noble leçon renfermée dans la parole d’Allah, exalté soit-Il.
[Sourate Yûsuf (12), verset 53]
« Je ne m’innocente pourtant pas moi-même ; l’âme est certes portée au mal, à moins que mon Seigneur n’en fasse miséricorde. Mon Seigneur est, Lui, Pardonneur et Très Miséricordieux. » ⦗53⦘
On objectera : « Comment a-t-il pu prononcer ces paroles alors même que son innocence venait d’être établie : ‘Je ne m’innocente pas moi-même’ ? » C’est ce qu’ont dit nombre d’exégètes. D’autres, toutefois plus éminents, ont soutenu le contraire : il s’agit, selon eux, des paroles de la femme de l’‛Azîz et non de celles de Joseph – paix sur lui. Et cette opinion est la correcte, pour plusieurs raisons.
La première est que cet énoncé se rattache directement aux propos de la femme, à savoir : 12 : 51-53 : « À présent… »