« Allah appelle au séjour de la paix » (10 : 25). Il nomme ainsi le Paradis parce qu’il est indemne des fléaux évoqués à propos du bas-monde. L’invitation à y entrer est donc générale, mais la guidée effective vers lui est réservée à qui Il veut. Voilà Sa justice ; telle est Sa grâce.
[ Sourate Yûnus (10), verset 30 ]
« Là, chaque âme éprouvera ce qu’elle aura accompli ; puis ils seront ramenés à Allah, leur Maître, le Vrai, et ce qu’ils forgeaient s’évanouira loin d’eux. » (30)
Si l’on demandait : « Existe-t-il une différence entre cette parole du Très-Haut dans Yûnus 10 : 30 et celle de Saba 34 : 24 : “Dis : Qui vous accorde votre subsistance des cieux et de la terre ? Dis : Allah” ? », la réponse serait : il s’agit là d’un des passages les plus subtils, les plus profonds et les plus délicats à distinguer. Réfléchis au contexte : tu verras qu’il est exactement à l’opposé de ce que l’on imagine.
En effet, les versets de Yûnus ont pour but de leur opposer un argument tiré de ce qu’ils admettent et ne peuvent renier : que le Seigneur, exalté soit-Il, est leur Pourvoyeur, le Maître de leur ouïe et de leur vue, Celui qui gère leurs affaires, fait sortir le vivant du mort et le mort du vivant, etc.
Puisqu’ils reconnaissent tout cela lorsqu’on le leur oppose — à savoir qu’Allah, nul autre dieu que Lui, en est l’Auteur — comment peuvent-ils alors adorer à Ses côtés d’autres êtres et Lui associer des partenaires qui ne possèdent rien de tout cela et sont incapables d’en accomplir la moindre part ? C’est pourquoi, après avoir exposé ces attributs, Il dit : « Ils diront sûrement : “Allah” », c’est-à-dire qu’ils finiront nécessairement par l’avouer et ne pourront le nier. Il fallait donc que l’argument portât sur un point qu’ils reconnaissent.
Or, les destinataires de ce raisonnement admettaient que la subsistance descend de ce ciel qu’ils voient de leurs propres yeux ; ils n’admettaient pas — et ignoraient — qu’elle puisse descendre de ciel en ciel avant de leur parvenir ; leur savoir ne s’étendait pas jusque-là. D’où l’emploi du singulier « ciel » ici : ils ne peuvent nier que la subsistance en provienne, surtout lorsqu’il s’agit, selon eux, de la pluie, laquelle tombe de la voûte céleste, c’est-à-dire des nuages — appelés « ciel » en raison de leur hauteur. Le Très-Haut a d’ailleurs déclaré qu’Il étend les nuages dans le ciel en disant : « Allah est Celui qui envoie les vents : ils soulèvent alors un nuage, puis Il l’étend dans le ciel comme Il veut » ; quant au nuage, il n’est