Si donc le sens de la salât est la louange adressée au Messager, le soin porté à sa personne, la manifestation de sa dignité, de son mérite et de son inviolabilité – ainsi qu’on l’a toujours compris de ce terme –, il ne s’agit nullement, dans le verset, d’un mot polysémique qu’il faudrait charger de deux acceptions à la fois ; on l’emploie bien ici dans une seule signification. Tel est, en principe, le fonctionnement du langage. Nous reviendrons, si Allah – Très-Haut – le veut, sur cette question à propos de Sa parole : 33 : 56 « Certes, Allah et Ses anges prient sur le Prophète. »
Quant au ṣarf (le détournement), le Très-Haut a dit : 9 : 127 « Et lorsque est révélée une sourate, ils se regardent les uns les autres : “Quelqu’un vous voit-il ?” Puis ils s’esquivent ; Allah détourne leurs cœurs parce qu’ils sont des gens qui ne comprennent pas. » Il – exalté soit-Il – informe ainsi de leur acte, à savoir leur fuite, et de Son acte à Lui à leur égard, à savoir le détournement de leurs cœurs du Coran et de sa méditation, car ils n’en sont pas dignes : le réceptacle n’est ni apte ni disposé. Or, la capacité de réception dépend de deux choses : la justesse de la compréhension et la droiture de l’intention.
Eux, leurs cœurs ne comprennent pas et leurs visées sont mauvaises. Allah l’a clairement déclaré dans Sa parole : 8 : 23 « Si Allah avait su qu’il y avait en eux quelque bien, Il les aurait fait entendre ; et, s’Il les avait fait entendre, ils se seraient détournés tout en restant réfractaires. » Il – exalté soit-Il – a donc annoncé l’absence de toute réceptivité à la foi chez eux ; il n’existe en eux aucun bien qui permettrait à la foi de s’introduire dans leurs cœurs. Il ne leur a donc pas accordé l’audition compréhensive dont ils auraient tiré profit ; même si, d’une oreille qui établit contre eux la preuve, ils ont entendu le message, l’écoute pénétrante qu’ont reçue les croyants ne leur a pas été octroyée. Puis le Très-Haut a mentionné un autre obstacle installé dans leurs cœurs, qui les empêcherait de croire même s’Il leur avait fait bénéficier de cette audition particulière : l’orgueil, le rejet et l’aversion. Le premier obstacle bloque la compréhension ; le second, la soumission et l’assentiment. Leurs facultés de compréhension sont corrompues, leurs intentions perverties : telle est la marque de l’égarement et le signe de la perdition, tandis que la marque de la guidée et le présage du bonheur résident dans une compréhension saine et un dessein vertueux. Allah est Celui dont on implore le secours.
Médite enfin cette parole du Très-Haut : « Puis ils s’esquivent ; Allah détourne leurs cœurs » : vois comment Il a fait de cette seconde proposition – qu’on la prenne comme une nouvelle information ou comme une répétition – la sanction de leur fuite, les rétribuant par un détournement autre que le premier. Leur retrait, en effet, s’est produit parce qu’Il ne l’a ni voulu ni agréé pour eux, faute chez eux de disposition et de capacité ; dès lors, aucun accueil divin ne les a touchés.