D’ailleurs, le Messager d’Allah ﷺ éclaire souvent un terme par ce qui en constitue la conséquence ou par une partie de son sens : ainsi traduit-il le rayb par le « doute » (shakk), or le doute n’est qu’un volet du rayb ; il explique la maghfirah par le « voilement » (sitr), lequel n’est qu’un aspect de la maghfirah ; il définit encore la rahmah comme la volonté de bienfaisance, ce qui n’est qu’un corollaire obligé de la miséricorde. De nombreux parallèles de ce genre ont déjà été exposés dans nos Fondements de l’exégèse.
Troisièmement : nul n’a contesté qu’il soit permis d’invoquer la miséricorde en faveur des croyants, alors que les Anciens (salaf) aussi bien que les Postérieurs (khalaf) ont divergé quant à la licéité de formuler la salât pour des personnes autres que les prophètes ; trois avis seront exposés plus loin, si Allah — Très-Haut — le veut. Il est donc manifeste que salât et rahmah ne sont pas interchangeables.
Quatrièmement : si la salât signifiait effectivement la miséricorde, elle vaudrait substitution dans l’obéissance au commandement et lèverait l’obligation — pour ceux qui la tiennent pour obligatoire — lorsqu’on dit : « Ô Allah, fais miséricorde à Muhammad et à la famille de Muhammad. » Or tel n’est pas le cas.
Cinquièmement : lorsque quelqu’un éprouve de la compassion pour autrui, s’attendrit pour lui et, par miséricorde, le nourrit, lui donne à boire ou l’habille, on ne dira jamais qu’il a « prié sur lui », mais simplement qu’il a eu pitié de lui.
Sixièmement : il arrive qu’une personne ait de la miséricorde pour celui qu’elle déteste et combat ; elle ressent alors de la compassion dans son cœur, sans pour autant prier sur lui.
Septièmement : la salât suppose nécessairement des paroles ; elle consiste en un éloge professé par l’auteur de la prière à l’adresse de celui sur qui il prie, une valorisation, une mise en avant de ses mérites et de ses qualités. Al-Bukhârî rapporte dans son Ṣaḥîḥ, d’après Abû ‘Âliyah : « La salât d’Allah sur Son Messager est Son éloge à son sujet devant les anges. » Ismâ‘îl rapporte encore : Nâsr ibn ‘Alî nous a transmis, d’après Khâlid ibn Yazîd, d’après Abû Ja‘far, d’après al-Rabî‘ ibn Anas, d’après Abû ‘Âliyah : « Au sujet de la parole divine : “Allah et Ses anges prient sur le Prophète”, la salât d’Allah — qu’Il soit exalté — est Son éloge à son encontre, et la salât des anges sur lui est l’invocation. »
Huitièmement : Allah — gloire à Lui — distingue Sa propre salât de celle de Ses anges, tout en les associant dans le même verset