Lubayd poursuit :
« Il nous montra lancés, voués d’avance au blâme ;
comme si un charme, par mets et breuvages, nous avait ensorcelés. »
— c’est-à-dire : empressés. Dans le même sens, ʿUmar b. Abî Rabîʿa a dit :
« Elles se donnent des airs de sainteté depuis qu’elles me connaissent ;
elles dirent : “Un homme en quête, sa monture s’est épuisée à force de presser l’allure.” »
Autrement dit : il a tant accéléré que sa monture en est venue à fatiguer.
Allah – qu’Il soit exalté – déclare : « … ils ne cherchent qu’à vous jeter dans la discorde, et parmi vous se trouvent des oreilles complaisantes pour eux » (9 : 47).
Qatâda commente : « Parmi vous se trouve quiconque écoute leurs propos et leur obéit. » Ibn Isḥâq ajoute : « Il y a parmi vous des gens qui les aiment et leur obéissent dans ce à quoi ils les appellent, en raison du prestige qu’ils ont à leurs yeux. » Selon ce dernier avis, le sens est : parmi vous se trouvent des personnes prêtes à les écouter et à leur obéir ; si ces hypocrites étaient partis avec vous, ils les auraient corrompues à votre détriment.
Je dis : le terme “sammâʿûn” implique l’idée de répondants obéissants.
Mujâhid, Ibn Zayd et al-Kalbî disent pour leur part : il s’agit, parmi vous, d’hommes enclins envers eux qui leur rapportent ce qu’ils entendent de vous ; autrement dit, des espions. La bonne interprétation est toutefois la première, comme dans la parole du Très-Haut : « sammâʿûna lil-kadhb » – prompts à accueillir le mensonge. Il n’y avait pas, en effet, parmi les croyants, d’espions agissant pour les hypocrites ; ces derniers vivaient mêlés aux croyants, campaient et levaient le camp avec eux, priaient et s’asseyaient dans leurs assemblées. Ils ne s’en étaient pas séparés au point de poster, parmi eux, des yeux qui leur transmettraient leurs nouvelles ; pareille méthode ne sied qu’à celui qui se tient à l’écart d’un groupe et place sur lui des surveillants. L’opinion retenue est donc celle de Qatâda et d’Ibn Isḥâq – et Allah sait mieux.
On pourrait objecter : « Leur empressement à Lui obéir est, de fait, une obéissance envers Lui. Comment donc peut-Il la détester ? Or, s’Il la déteste, Il aime forcément son contraire ; car haïr l’un des deux contraires implique aimer l’autre. Il s’ensuivrait que leur inaction Lui est agréable : pourquoi alors les en châtier ? »
Il s’agit là d’une question de taille, l’une des plus importantes dans ce domaine.
Les réponses varient selon les écoles.
Les jabrites répondent : « Les actes d’Allah ne sont pas motivés par des finalités ni par des intérêts. Tout ce qui est concevable Lui est possible ; Il peut, s’Il le veut, châtier les hommes pour avoir accompli ce qu’Il aime et agrée, et pour avoir délaissé ce qu’Il… »