Il – qu’Il soit exalté – a donc comparé à un chien l’homme à qui Il a confié Son Livre et enseigné un savoir dont Il a privé d’autres, mais qui a refusé de le mettre en pratique, a suivi sa passion, préféré le courroux d’Allah à Sa satisfaction, la vie d’ici-bas à l’au-delà, et la créature au Créateur. Or le chien est l’un des animaux les plus vils, le plus bas en dignité et le plus abject d’âme ; son ambition ne dépasse pas son ventre. C’est également l’un des plus gourmands et des plus cupides : il ne marche qu’avec le museau collé au sol, flairant sans cesse par convoitise et gloutonnerie ; il passe son temps à renifler son arrière-train plutôt que le reste de son corps et, si l’on lui lance une pierre, il revient pour la mordre, tant son avidité est extrême. C’est un animal d’une bassesse inouïe, qui supporte toutes les humiliations et se satisfait des choses les plus abjectes : les charognes infectes et fétides lui sont plus agréables que la viande fraîche, et l’ordure plus douce que les sucreries. S’il met la patte sur une carcasse suffisante pour nourrir cent chiens, il n’en laisse approcher aucun ; il grogne, attaque et les repousse, mû par son avidité, son avarice et sa gloutonnerie.
Plus étonnant encore, par excès de convoitise, s’il aperçoit une personne à l’apparence misérable, vêtue d’habits usés et de condition humble, il aboie et se rue sur elle, comme s’il craignait qu’elle ne partage ou ne lui dispute sa pitance. Mais lorsqu’il voit quelqu’un de mise soignée, richement vêtu et occupant une charge, il colle son museau au sol, s’incline devant lui et n’ose même pas lever la tête.
Le fait de comparer celui qui, malgré l’abondance de son savoir, privilégie le monde immédiat à Allah et à la demeure dernière, au chien haletant, recèle un secret admirable : l’état de celui qui s’est dépouillé des signes divins et a suivi sa passion ne provient que de l’ardeur dévorante avec laquelle il convoite ce bas monde, son cœur s’étant coupé d’Allah et de l’au-delà. Son désir frénétique ressemble à l’halètement permanent du chien, qu’on le pourchasse ou qu’on le laisse en paix. Les deux termes, lahf (convoitise brûlante) et lahth (halètement), sont d’ailleurs frères, aussi bien quant au son qu’au sens.
Ibn Jurayj a dit : « Le chien a le cœur rompu ; il est sans cœur : que tu le harcèles ou que tu le laisses, il halète toujours. Telle est l’image de celui qui abandonne la bonne direction : il est dépourvu de cœur, ou plutôt son cœur est coupé. »
J’ajoute : ce qu’il entend par ce « cœur coupé », c’est l’absence d’un cœur qui inciterait son propriétaire à la patience et au renoncement