et qu’il n’existerait, pour le convenable, d’autre réalité que ce qu’Il ordonne — lequel ne deviendrait convenable qu’en vertu du seul ordre divin — ni, pour le blâmable, d’autre réalité que ce qu’Il interdit — lequel ne deviendrait blâmable qu’en vertu de la seule interdiction —, quel sens resterait alors à la parole du Très-Haut : « Il leur ordonne le convenable et leur interdit le blâmable » ? Ne reviendrait-elle pas à déclarer : « Il leur ordonne ce qu’Il leur ordonne et leur interdit ce qu’Il leur interdit » ?
Une telle tournure serait indigne du propos du plus simple des hommes doués de raison ; que dire, alors, de la Parole du Seigneur des mondes !
Le verset n’énonce, en réalité, que ceci : Il leur prescrit le convenable que les intelligences reconnaissent et que la nature saine tient pour bon ; Il leur défend ce que les tempéraments et les esprits jugent blâmable. Ainsi, lorsqu’un esprit droit est confronté à Ses ordres et à Ses interdictions, il les accueille avec la plus grande adhésion et atteste de leur justesse — comme le dit ce Bédouin à qui l’on demanda :
— « Comment as-tu su qu’il est le Messager d’Allah ? »
— « Jamais il n’a commandé une chose dont la raison souhaiterait qu’il la défendît, ni interdit une chose dont la raison souhaiterait qu’il la commandât. »
Ce Bédouin connaissait donc mieux Allah, Sa religion et Son Envoyé que ces négateurs : son intelligence et sa nature originelle reconnaissaient la beauté de ce qu’il ordonnait et la laideur de ce qu’il interdisait, au point que cela constitua, pour lui, un signe éclatant de sa prophétie.
Si le caractère convenable ou blâmable d’une chose dépendait uniquement d’un ordre ou d’une interdiction dépourvus de toute réalité propre, il n’en résulterait aucune preuve ; il faudrait alors chercher la démonstration ailleurs. Celui qui s’engage dans cette voie fallacieuse se trouve dans l’incapacité de prouver la véracité de la prophétie au moyen même de l’appel et de la religion, alors que la religion qu’il a apportée et la voie à laquelle il a convié comptent parmi les plus grands témoignages de sa sincérité et les preuves les plus manifestes de sa mission.
Quiconque refuse de reconnaître à cette religion des qualités réelles qui imposent sa beauté et l’adhésion des intelligences — et, corrélativement, refuse de reconnaître à son contraire des qualités qui imposent sa laideur et le rejet de l’esprit — se ferme, à lui-même, la porte de l’argument fondé sur l’appel en tant que tel et n’en fait plus qu’un indice secondaire.