c’est-à-dire son accomplissement, car l’expression consacrée est bien al-iqâma (l’accomplissement). On ne dit jamais « iqâm » sans complément, pas plus qu’on ne dit « irâd » pour irâda (volonté) ou « iqâl » pour iqâla (décharge), parce que le tâʾ final a été posé à la place de l’alif du schème ifʿāl – ou de sa consonne médiane. En effet, la forme originelle d’iqâma est iqwâm : la voyelle de lʿayn a été transférée sur la fāʾ, devenue alors une alif ; deux alifs se sont ainsi rencontrées, l’une a été supprimée et le tâʾ est venu en substitution. Ce tâʾ est donc obligatoire, sauf en cas d’annexion ; alors, sa suppression est jugée licite par certains sur la base de l’analogie, par d’autres sur la foi de l’usage.
Relève du même procédé le tâʾ de ʿidda (provision) et de wazna (pesée). Leurs formes primitives sont waʿd et wazan ; le wāw a été retranché et remplacé par le tâʾ, qui, dès lors, est devenu inséparable. Pourtant, on peut l’omettre dans la construction annexée, comme dans ce vers :
Inna l-khalîṭa ajdaw al-bayna wanjaradû / wa-akhlafoûka ʿad al-amri allaḏî waʿadû,
c’est-à-dire : « Ils t’ont manqué la ʿidda de ce qu’ils avaient promis », le tâʾ ayant été omis.
Dans la même veine, certains récitants ont lu : wa-law arâdû l-khurûja la-aʿaddû lahu ʿudatan – avec un hâʾ, autrement dit ʿudatahu –, retranchant là encore le tâʾ.
Troisièmement, dans l’expression « quṭîʿ al-qiyâm », le schème faʿîl peut être compris au sens de mafʿûl. Le Muhkam rapporte qu’on dit qaṭaʿahu ou aqṭaʿahu lorsqu’on blâme quelqu’un, et qaṭaʿa huwa, d’où l’expression qatîʿ al-qawl. Ainsi, qatîʿ signifie « coupé », autrement dit « rabroué » ; la suppression du tâʾ, dans cette interprétation, ne contrevient donc pas à l’analogie grammaticale.
Si, en revanche, l’on considère qatîʿ comme dérivé de qaṭʿ, à la manière de sarîʿ (prompt) tiré de sarʿ, il devrait, lorsqu’il se rapporte à un substantif féminin, recevoir le tâʾ, par assimilation au faʿîl employé au sens de mafʿûl, et il serait alors traité comme tel.
Ainsi s’achèvent les douze voies d’analyse relatives à ce verset ; la plus solide est celle qui combine la sixième et la septième. Les autres sont soit faibles, soit chancelantes, soit tout juste admissibles. Le débutant ou l’imitateur ne perçoit pas ces subtilités, tandis que l’homme de savoir, impartial, distingue sans peine ce qui est robuste de ce qui est fragile. Que ceci clôture donc notre propos sur le verset. Allah sait mieux.