« Lorsque la nouvelle d’al-Zubayr parvint, s’inclinèrent… les remparts de Médine et les montagnes soumises. »
Un autre poète a dit :
« Elles marchaient pareilles à des lances qui frémissent ;
les pointes, fouettées par la brise âpre des vents légers. »
Un troisième a récité :
« L’injustice des âmes ramène leurs bienfaits
au châtiment ; même si elles s’aveuglent et que leur orgueil se prolonge. »
Dans le premier vers, le poète a féminisé « suwar » (les remparts) parce qu’il est annexé à « Médine », dans le second « murr » (l’âpreté) parce qu’il est annexé aux vents, et dans le troisième « baghy » (l’injustice) parce qu’il est annexé aux âmes ; il a donc fait passer le terme originellement masculin au féminin du fait de l’annexé, alors que le masculin est l’état initial et le féminin une dérivation. Si l’on peut ainsi soumettre l’original au dérivé, il est à plus forte raison permis de masculiniser un nom féminin lorsqu’il est annexé à un mot non féminin ; c’est en effet ramener le dérivé à son origine.
Relève encore de ce premier type le vers suivant :
« Et elle ruisselle du secret que tu as diffusé,
comme ruisselle la cavité du javelot, toute emplie de sang. »
Ici, le poète a féminisé « ṣadr » (la cavité) parce qu’il l’annexe à « qanāh » (le javelot).
L’un de nos compagnons m’a en outre récité, avec une chaîne de transmission qui ne me revient plus, ces deux vers d’Abū Muḥammad Ibn Ḥazm sur le même thème :
« Fuis tout ami de cette trempe et redoute celui
qui penche, tel ‘Amr, entre Arabes et étrangers ;
car le mauvais compagnon conduit à la perte ; j’en atteste,
autant que la cavité du javelot se gorge de sang. »
On lit dans le même registre, chez al-Nābigha :
« Jusqu’à ce qu’elles implorent, aux confins des terres salines, les gens du sel ;
elles galopaient, et les nœuds des cordes de tente se relâchaient. »
Et chez Labīd :
« Il poursuivit sa route en la poussant en avant ; telle était sa coutume
chaque fois qu’elle se cabrait sous ses pas. »
Cette voie d’explication – bien que plusieurs savants l’aient adoptée – reste peu solide, car elle n’est réellement attestée que dans la poésie ; dans la prose élégante, elle ne se rencontre qu’à titre très exceptionnel, comme dans l’expression : « Il a perdu quelques-unes de ses doigts. » Ce qui la renforce ici, c’est l’étroite connexion