et même les plus éminents d’entre eux. Si nous entreprenions d’en faire le relevé, le propos deviendrait interminable.
N’oublie pas non plus son exemple, dans le chapitre de l’« adjectif assimilé » : « Je suis passé auprès d’un homme ḥasan wajhihi – “au beau visage” », où il rattache ḥasan (« beau ») à wajh (« visage »), puis wajh au pronom, en contradiction avec l’ensemble des grammairiens basriens et koufiens. Sībawayh – qu’Allah lui fasse miséricorde – est donc de ceux dont on retient parfois la parole et qu’on délaisse à d’autres moments ; croire qu’il a raison en toute chose est inadmissible.
Nous consacrerons, si Allah le veut, un ouvrage entier pour arbitrer entre les Basriens et les Koufiens sur leurs divergences et pour exposer l’avis le plus solide ; la réussite et l’assistance viennent d’Allah.
Si tu dis : « Il suffit, pour réfuter ce que vous avez choisi à propos de ṭāmiṯ (en lochies), ḥā’iḍ (menstruante) et ṭāliq (divorcée) selon l’école koufienne, de citer la parole du Très-Haut (22 : 2) : “Le jour où vous la verrez, toute murḍiʿa (nourrice) sera bouleversée au point d’oublier l’enfant qu’elle allaitait.” Or ce qualificatif, réservé aux femmes, porte bien la tā’. »
Je réponds : Louange à Allah, cela ne contredit en rien cette doctrine ni ne l’invalide. L’ajout de la tā’ ici apporte en effet une nuance qu’on n’aurait pas sans elle : la murḍiʿa visée est celle qui accomplit effectivement l’allaitement ; c’est l’action, non le simple état, qui est recherchée. Si l’on s’était contenté de décrire le fait d’appartenir aux « gens de l’allaitement », on aurait dit murḍiʿ, à l’instar de ḥā’iḍ et ṭāmiṯ.
Ne vois-tu pas que le Prophète – que la prière et la paix d’Allah soient sur lui – a dit : « Allah n’agrée la prière d’une ḥā’iḍ qu’à condition qu’elle se couvre d’un khimār (voile). » Ici, ḥā’iḍ désigne celle qui appartient aux femmes réglées, non celle dont le sang coule sur-le-champ. De même, ḥā’iḍ et murḍiʿ sont des qualificatifs génériques : ils s’emploient pour qui possède cette caractéristique, même si elle ne l’exerce pas, et pour qui l’exerce effectivement. Dans le verset, la tā’ a donc été insérée pour signaler qu’il s’agit de la femme qui, à cet instant précis, allaite bel et bien son enfant et qui, saisie par l’effroi du cataclysme de l’Heure, l’oubliera.
Cette idée est confirmée par la suite : « … l’enfant qu’elle allaitait », preuve qu’il s’agit bien de la nourrice en acte, non de celle qui n’en a que la capacité ou la disposition. Le développement détaillé du bien-fondé de ce point de vue trouvera place ailleurs.
Section
Cinquième approche : nous avons ici un cas où le muḍāf (terme annexant) acquiert la règle du muḍāf ilayh (terme annexé) dès lors que ce dernier peut être omis et qu’il suffit alors d’évoquer le second, comme l’a dit le poète :