avant toi, – et « ceux qui accomplissent la prière » ; ici, le terme al-muqîmîn est au génitif par la wāw du serment. Les exemples de ce genre sont des multiples – bien plus nombreux et bien plus fragiles que ceux que nous avons cités.
En vérité, le Coran possède un usage propre et des significations établies ; il ne sied pas, et il n’est pas permis, de l’expliquer autrement que selon cet usage et ces significations familières. De même que ses vocables sont les souverains des mots, les plus nobles et les plus éloquents, atteignant un degré de perfection qui défie l’humanité entière, ses contenus sont les plus sublimes, les plus majestueux et les plus grandioses des sens. Il est donc interdit de l’interpréter par des significations qui ne lui conviennent pas, encore moins par des sens inférieurs alors que les siens sont plus élevés et plus dignes.
On ne doit donc pas forcer le Coran à porter des sens réduits sous le seul prétexte d’une éventualité syntaxique.
Médite cette règle et garde-la constamment à l’esprit ; elle t’aidera à déceler la faiblesse et la fausseté de bien des propos de commentateurs, et tu comprendras qu’ils ne correspondent pas à l’intention du Locuteur, – exalté soit-Il – dans Sa parole. Nous reviendrons, si Allah le veut, à cet exposé lorsque nous traiterons des fondements de l’exégèse ; cette règle en est un principe, et même le plus important de tous.
Troisième point : les termes ṭāliqā (divorcée), ḥā’iḍā (menstruante) et ṭāmiṯā (en lochies) sont dépourvus de la marque féminine – la tā’ – parce qu’elle est inutile ici. Cette lettre ne sert qu’à distinguer le masculin du féminin là où règne l’ambiguïté ; or, lorsque l’attribut ne concerne que le féminin, il n’y a plus de confusion et la tā’ devient superflue. Tel est l’avis correct, celui de l’école koufienne.
Si tu objectes : « Mais cela contredit l’opinion de Sîbawayh. » – je réponds : et alors ? Un chercheur digne de ce nom renoncerait-il à l’évidence d’une preuve authentique sous prétexte qu’elle contredit la parole d’un savant déterminé ? Voilà la méthode des chauves-souris ! Quant aux clairvoyants, ils ne repoussent jamais une preuve et ce qu’elle impose pour se ranger derrière une opinion particulière ; ils sont pourtant bien rares.
Nul doute qu’Abû Bishr – qu’Allah lui fasse miséricorde – ait tenu le premier rang dans cette science, remportant la palme et atteignant un horizon que nul autre n’a atteint ; il demeure l’incontesté champion de cette course. Cela n’implique toutefois pas qu’il ait embrassé tout le langage des Arabes ni que la vérité réside uniquement dans ses dires. Combien de ses affirmations ont été contredites par la majorité même de ses disciples !