et Sa parole : « Les pieux seront certes dans des jardins et près de sources » ; ainsi que : « Les hommes musulmans et les femmes musulmanes, les hommes croyants et les femmes croyantes… » ; et encore : « Quant aux mécréants, ce sont eux les injustes. » Ces emplois sont extrêmement nombreux dans le Coran comme dans la prose arabe. En dehors de cet usage consacré, il est inélégant de se borner à l’adjectif ; on ne dit pas, par exemple : « Est venu me voir un grand » ou : « J’ai rencontré un beau (ou un laid) », quand on entend : « un homme grand », « un homme beau » ou « un homme laid ». De même, on ne dira pas : « J’ai habité dans un proche », pour vouloir dire : « dans un lieu proche », bien que le verbe « habiter » implique déjà l’idée de lieu.
Deuxièmement, le mot shayʾ (chose) est l’un des termes les plus généraux qui soient ; il comprend aussi bien le nécessaire que le contingent. Le supposer sous-entendu, ou même l’énoncer, n’ajoute donc aucune valeur qui élèverait le discours ni ne saurait, à plus forte raison, le porter au sommet de l’éloquence. Quelle rhétorique y aurait-il à dire d’une femme menstruée, en lochies ou répudiée : « une chose menstruante », « une chose en lochies », « une chose répudiée » ? Si quelqu’un s’exprimait ainsi, l’auditeur le trouverait choquant. Comment, dès lors, introduire dans la Parole divine une tournure qui, au fond, n’apporte aucun bénéfice ? Qu’une entité soit « une chose » est une donnée générale et notoire qui n’implique ni éloge ni blâme, ni perfection ni défaut.
Il faut ici se montrer particulièrement attentif : il n’est pas permis d’interpréter la parole d’Allah sur la seule base d’une possibilité syntaxique que la construction paraît admettre et qui fournirait, à elle seule, quelque sens. C’est précisément là que nombre de grammairiens du Coran sont tombés dans l’erreur : ils expliquent le verset et l’analysent d’après une éventualité que l’énoncé permet, puis en tirent n’importe quel sens que cette éventualité laisse entrevoir. C’est une faute grave, car l’auditeur comprend aussitôt que l’intention du Coran est toute autre, même si, dans un autre contexte, cette construction pouvait effectivement supporter ce sens. Rien n’oblige le Coran à accueillir toutes les acceptions qu’autorise la langue. Ainsi, certains ont affirmé que, dans la lecture où « wal-arḥâm » (les liens de parenté) se trouve au génitif dans : « … et les liens de parenté. Allah est en vérité, sur vous, Observateur », il s’agissait d’un serment. D’autres ont prétendu que, dans la parole : « … un empêchement d’emprunter le chemin d’Allah, une négation envers Lui et à la Mosquée sacrée… », l’expression « la Mosquée sacrée » était régie par la préposition sous-entendue dans « envers Lui ». D’autres encore ont voulu, à propos du verset : « Mais les gens fermement enracinés dans la science parmi eux, ainsi que les croyants, croient à ce qui t’a été révélé et à ce qui a été révélé… », proposer la même catégorie d’analyse.