« kullā » et « kiltā » : le fait que l’on dise « kullāhumā qāʾim » en mettant le prédicat au singulier ne prouve nullement, comme l’ont soutenu les grammairiens de Baṣra, que « kullā » serait un singulier ; il s’agit bel et bien d’un duel à proprement parler. Le verbe n’a été laissé au singulier que pour signaler que l’information porte sur chacun des deux éléments, pris isolément. Nous avons déjà expliqué cela de façon suffisamment détaillée.
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Quatrième approche : il s’agirait ici d’une ellipse du nom qualifié, l’adjectif étant employé à sa place. C’est comme si le verset disait : « La miséricorde d’Allah est quelque chose de proche des bienfaisants », ou « une bienveillance proche », ou « une bonté proche », et ainsi de suite. De telles suppressions du substantif sont fréquentes. Ainsi le poète a dit :
« Qāmat tabkīhi ʿalā qabrihi …
man lī baʿdaka yā ʿĀmir
taraktanī fī d-dāri dhā ghurba …
qad dhalla man laysa lahu nāṣir »
— autrement dit : « Tu m’as laissé, ô ʿĀmir, tel un homme privé de tout appui dans sa propre demeure ; est avili celui qui n’a pas de protecteur. » Le sens implicite est : « Tu m’as laissé (une personne) étrangère » ; sans cette ellipse, le vers aurait été : « Tu m’as laissé l’exil. »
On cite encore :
« Fa-law annaka fī yawmi r-rakhāʾi saʾaltanī …
firāqaka lam abkhal wa anta ṣadīq »
— c’est-à-dire : « … et toi, tu es un ami (une personne) fidèle. »
Dans la même veine, Sîbawayh a interprété les expressions adressées à la femme : « ḥāʾiḍ », « ṭāmiṯ », « ṭāliq », comme si l’on disait : « un être menstruant », « un être en lochies », « un être répudié ». Cette explication demeure toutefois fragile pour trois raisons.
- L’omission du nom et sa substitution par l’adjectif n’est recevable que si l’adjectif est suffisamment spécifique pour qu’on sache qu’il ne s’applique qu’au référent désigné et non à un autre.
- Il faut aussi que l’adjectif soit devenu d’usage autonome au point de remplacer presque toujours le nom, comme al-barr (le vertueux), al-fājir (le pervers), al-ʿālim (le savant), al-jāhil (l’ignorant), al-muttaqī (le pieux), ar-rasūl (le Messager), an-nabī (le Prophète) et autres, que l’on emploie sans le substantif, à l’instar de la Parole : « Les vertueux seront certes dans les délices, et les pervers dans la Fournaise. »