« La miséricorde d’Allah est proche des bienfaisants. » Autrement dit, seule atteint cette miséricorde la personne qui L’invoque dans la crainte et l’espoir ; c’est elle la bienfaisante, et la miséricorde se tient à son côté, car l’excellence (iḥsân) repose sur ces trois fondements.
Or, l’invocation empreinte d’humilité et de discrétion trouve son opposé dans la transgression qui consiste à négliger cette humilité et cette discrétion ; c’est pourquoi Il a enchaîné en disant : « Il n’aime pas les transgresseurs. »
S’agissant des mots « taḍarruʿan (dans l’humilité), khufyatan (en secret), khawfan (avec crainte) et ṭamaʿan (avec espoir) », on a proposé plusieurs analyses grammaticales :
- La plupart, à la suite d’as-Suhaylî, y voient des compléments circonstanciels : « Invoquez-Le en vous humiliant, en secret, avec crainte et espoir. »
- Nombre de grammairiens les considèrent comme compléments de but (finalité).
- D’autres y voient des accusatifs de nom verbal, avec deux lectures :
a. Ils dépendent d’un verbe sous-entendu issu du même radical ; le sens devient : « Humiliez-vous devant Lui d’une véritable humilité, cachez-vous en secret. »
b. Ils relèvent du verbe explicite parce qu’ils font office de nom verbal ; celui qui invoque est, de fait, humble lorsqu’il espère obtenir ce qu’il demande et craint de le perdre, comme s’il disait : « Humiliez-vous d’une réelle humilité. »
L’avis correct est le premier : ce sont bien des compléments circonstanciels, et le sens est : « Invoquez votre Seigneur en vous humiliant devant Lui, avec crainte et espoir. » Le nom verbal y joue le rôle d’un adjectif, comme dans la parole : « Mais la véritable piété est [celle de] celui qui croit en Allah » (2, 177), ou dans les expressions : « un homme équité », « un homme jeûne ». Le poète a dit : « La vie n’est qu’allées et venues. » Cette tournure est préférable à « Invoquez-Le en étant humbles et craintifs » et bien plus expressive.
Ce qui l’embellit encore, c’est que l’ordre porte ici sur deux éléments : l’invocation elle-même, qualifiée et restreinte par la triple mention d’humilité, de crainte et d’espoir. Le but est de restreindre à la fois l’acte prescrit par ces attributs et la personne qui les porte. On a donc recouru au complément circonstanciel formulé sous la forme du nom verbal, parce qu’il se prête à servir d’attribut