il se corrompt d’une corruption irrémédiable, sans aucun espoir de redressement ; et chaque fois que l’un de ces trois éléments s’affaiblit, la foi s’en trouve amoindrie à proportion.
Réfléchis donc aux subtilités du Coran et à sa sagesse : Il associe la frayeur (al-khîfa) au rappel d’Allah, et la discrétion (al-khufya) à la prière d’invocation, tout en suggérant en même temps le lien inverse – la frayeur avec l’invocation et la discrétion avec le rappel. Il dit en effet : « Évoque ton Seigneur en toi-même » – nul besoin d’ajouter ensuite « en secret ». Et, pour la supplication, Il déclare : « Invoquez-Le avec crainte et espoir » (7 : 56) – sans qu’il soit nécessaire, dans le premier verset, de dire : « Invoquez votre Seigneur avec humilité et en secret. » Chacun des deux passages réunit donc de la façon la plus harmonieuse la discrétion, l’humilité et la frayeur, et l’indique avec la plus parfaite clarté.
Le Coran fait mention de l’espoir – le ṭamaʿ – dans le verset consacré à la supplication, parce que celle-ci repose sur lui : tant que celui qui appelle n’espère pas obtenir ce qu’il demande, son âme ne se met pas en mouvement pour le solliciter, car demander ce dont on n’a aucun espoir est chose impossible. Il évoque, à l’inverse, la crainte dans le verset relatif au rappel, tant le cœur craintif en a besoin, comme nous l’avons vu. Ainsi, dans chaque verset, Allah mentionne ce qui lui convient le mieux : la crainte pour le rappel, l’espoir pour la supplication. Béni soit Celui qui a révélé Sa parole comme un remède pour les cœurs, une guidée et une miséricorde pour les croyants.
Sourate al-Aʿrâf (7), verset 55
« Invoquez votre Seigneur en toute humilité et dans la discrétion ; Il n’aime pas les transgresseurs. »
On a dit : Il n’aime pas ceux qui outrepassent la mesure dans la supplication, comme celui qui réclame un rang qui ne lui sied pas – les degrés réservés aux prophètes, par exemple – et autres requêtes de cet ordre.
Abû Dâwûd rapporte dans ses Sunan, par la voie de Hammâd b. Salama, d’après Saʿîd al-Jurayrî, d’après Abû Muʿâwiya, que ʿAbd Allâh b. Mughaffal entendit son fils dire : « Ô Allah, je Te demande le palais blanc à la droite du Paradis lorsque j’y entrerai. » Il lui dit alors : « Mon fils, demande à Allah le Paradis et cherche protection auprès de Lui contre l’Enfer, car j’ai entendu le Messager d’Allah ﷺ dire : “Il apparaîtra dans cette communauté des gens qui dépasseront la juste mesure dans les ablutions et dans la supplication.” »
Ainsi, l’excès dans la supplication consiste tantôt à demander ce qu’il n’est pas permis de demander – comme l’aide pour commettre des interdits –, tantôt à solliciter ce qu’Allah ne réalise pas, par exemple Le prier de rendre quelqu’un immortel jusqu’au Jour