Allah, c’est-à-dire à Son amour et à Son agrément. C’est pourquoi certains Anciens disaient : « Qui adore Allah par le seul amour est un hérétique ; qui L’adore par la seule crainte est un kharijite ; qui L’adore par le seul espoir est un murjite. Celui qui L’adore à la fois par amour, par crainte et par espoir est un véritable croyant. »
Le Très-Haut a réuni ces trois stations dans Sa parole (17:57) : « Ceux qu’ils invoquent cherchent, eux-mêmes, le moyen de se rapprocher de leur Seigneur – lequel d’entre eux sera le plus proche –, ils espèrent Sa miséricorde et redoutent Son châtiment. » La recherche du moyen d’approche – la wasîlah (moyen d’accès) – renvoie à l’amour qui pousse à se rapprocher de Lui ; viennent ensuite l’espérance puis la crainte. Telle est la voie de Ses serviteurs et de Ses alliés.
Il arrive que celui qui L’adore par le seul amour en vienne à déclarer licites les interdits et dise : « Le bien-aimé ne souffre d’aucun péché. » Certains ont même composé un écrit à ce sujet, citant ce propos forgé : « Lorsque Allah aime un serviteur, ses péchés ne lui nuisent plus. » C’est assurément un mensonge, contraire à l’islam : les péchés nuisent en eux-mêmes à toute personne, comme le poison nuit au corps. À supposer que cette parole soit authentiquement rapportée de quelques maîtres – quant au Messager d’Allah ﷺ, à Dieu ne plaise qu’il ait pu dire semblable chose –, elle s’explique ainsi : quand Allah aime Son serviteur, cet amour ne le laisse pas persister dans la faute, car s’obstiner dans le péché est incompatible avec l’amour d’Allah. S’il ne s’entête pas mais se hâte vers un repentir sincère, la trace de la faute est effacée et le péché ne lui nuit pas. Chaque fois qu’il commet une faute, se repent puis revient vers Allah, l’effet et le préjudice du péché disparaissent ; tel est le sens exact.
En somme, dissocier l’amour et le rappel de la crainte fait tomber dans ces écueils. Associée à la crainte, l’amour maintient sur la voie droite et y ramène chaque fois qu’on s’en écarte : la crainte est semblable au fouet qui frappe la monture pour qu’elle ne quitte pas le sentier ; l’espérance est le chantre qui l’encourage et rend la marche agréable ; l’amour est le guide et la bride qui la dirigent. Si la monture ne possède ni fouet ni bâton pour la ramener lorsqu’elle dévie et qu’on la laisse suivre ses caprices, elle sort du chemin et s’égare ; les limites et les interdits d’Allah ne sont alors plus préservés.
Ceux qui sont parvenus jusqu’à Lui ne l’ont fait que grâce à Sa crainte, Son espoir et Son amour ; aussi, lorsque le cœur en est dépourvu