une assise solide, que sa force se soit raffermie et que les racines de cet arbre béni — dont « la racine est bien ancrée tandis que la ramure s’élève jusqu’au ciel » — se soient implantées dans son cœur au point qu’il ne craigne plus les tempêtes, alors, s’il vient à dévoiler son état et sa relation avec Allah pour que l’on s’inspire de lui et le prenne pour guide, nul blâme ne l’atteint. Voilà un domaine d’une immense utilité que seuls ses familiers connaissent.
Or, puisque la supplication qu’il nous est enjoint de dissimuler embrasse à la fois la demande, la louange, l’amour et le retour vers Allah, elle fait partie des trésors les plus précieux, plus dignes que tout autre d’être cachés et préservés des regards envieux ; c’est là un enseignement noble et profitable.
Dixièmement : la supplication est un rappel (dhikr) de l’Invoqué, exalté soit-Il, qui renferme à la fois la requête et la louange adressées par Ses Noms et Ses attributs ; elle constitue donc un rappel enrichi. De même, le rappel a été qualifié de « supplication » parce qu’il recèle, lui aussi, une demande implicite, comme l’a dit le Prophète : « La meilleure des supplications est : al-ḥamdu lillāh (Louange à Allah). » Il a ainsi appelé « Louange à Allah » une supplication, bien qu’il ne s’agisse que de pur éloge, car la louange contient amour et glorification. Or l’amour est la plus haute forme de recherche du Bien-aimé ; ainsi, celui qui loue est en quête de Celui qu’il aime et mérite plus encore d’être appelé « suppliant » que celui qui n’implore de son Seigneur qu’un besoin particulier.
Réfléchis donc à ce point : si tu l’examines attentivement, tu n’auras plus besoin de l’explication selon laquelle le rappel exposerait à la faveur divine sans formuler explicitement la demande, car la louange suffit déjà à traduire la requête par l’ouverture qu’elle manifeste. C’est ce qu’a exprimé ʾUmayya ibn Abî aṣ-Ṣalt à propos de l’homme qu’il encensait :
« Dois-je exprimer mon besoin, ou ta largesse
m’a-t-elle déjà suffi, tant il est dans ta nature de donner ?
Quand un homme t’a loué, ne fût-ce qu’un jour,
sa louange, à elle seule, lui tient lieu de requête. »
Ainsi, selon la méthode exposée, la louange elle-même renferme la plus éminente des demandes, celle de l’amoureux ; elle est donc véritablement une supplication, et même plus digne de ce nom que les autres formes de requête qui lui sont inférieures.
En définitive, chacune des deux — la supplication et le rappel — englobe et contient l’autre.
[Sourate al-Aʿrâf, 7 : 205]
« Et invoque ton Seigneur en ton for intérieur, humblement et avec crainte, sans élever la voix, matin et soir ; et ne sois pas du nombre des insouciants. »
Ainsi, le Très-Haut ordonna à Son Prophète de Le rappeler intérieurement. Mujâhid et Ibn