Mes serviteurs t’interrogent à Mon sujet – Je suis tout proche ; Je réponds à l’appel de celui qui M’invoque lorsqu’il M’invoque.
Cela montre que les Compagnons furent aiguillés vers la confidence intime dans la supplication, et non vers l’appel retentissant : c’est en effet sur ce point qu’ils avaient posé leur question. Ils reçurent donc comme réponse que leur Seigneur – exalté soit-Il – est proche ; Il n’a nul besoin d’être interpellé à haute voix. On Le sollicite donc comme on chuchote à quelqu’un de tout proche, non comme on hèle un lointain.
Cette proximité avec l’invocateur est une proximité particulière, et non la proximité générale qu’Il entretient avec toute créature ; Il est proche de celui qui L’appelle et de celui qui L’adore. Le Prophète ﷺ a rapporté de son Seigneur : « Le serviteur est au plus près de son Seigneur lorsqu’il est en prosternation. » ⦗1⦘
Il s’agit d’une proximité plus spécifique encore que la proximité de l’acceptation ou celle du retour repentant – deux formes que la plupart des théologiens ne reconnaissent pas au-delà. C’est bien une proximité singulière, réservée à l’invocateur et à l’adorateur, comme l’enseigne encore le hadith divin rapporté par le Prophète ﷺ : « Si Mon serviteur s’approche de Moi d’une empan, Je m’approche de lui d’une coudée ; s’il s’approche de Moi d’une coudée, Je m’approche de lui d’une brasse. »
Telle est Sa proximité à l’égard de celui qui L’adore. Quant à Sa proximité de celui qui L’appelle et Le sollicite, elle est exprimée par Sa parole : « Et si Mes serviteurs t’interrogent à Mon sujet, alors Je suis tout proche ; Je réponds à l’appel de celui qui M’invoque lorsqu’il M’invoque. » (2 : 186)
L’exhortation : « Invoquez votre Seigneur avec humilité et discrétion » (7 : 55) constitue, elle aussi, une indication et une annonce de cette proximité.
Il existe toutefois un autre type de proximité – d’un autre ordre et d’une autre teneur – : la proximité d’Allah envers celui qui L’aime. Nous en avons parlé dans le livre At-Tuḥfa al-Makkiyya. Le langage se révèle ici défaillant et ne saurait jamais faire saisir au cœur la réalité pleine de ce rapprochement ; la foi du serviteur en cette proximité sera proportionnelle à la force ou à la faiblesse de son amour. Prends donc garde, prends-y grand garde : n’exprime jamais cette réalité autrement que par les formules prophétiques, et ne laisse jamais se former dans ton cœur une compréhension étrangère à leur sens et à leur intention. Sinon, ton pied glisserait après avoir été ferme. Bien des créatures manquent de discernement en ce domaine ; leur mauvaise expression les a conduites à d’énormes aberrations et à des écarts mystiques extravagants. En face d’eux, d’autres – protégés par un voile épais – ont nié purement et simplement l’amour du serviteur pour son Seigneur et Sa proximité, réduisant le tout à une récompense créée ; à leurs yeux, c’est elle seule qui est aimée et proche. Nous avons exposé, dans At-Tuḥfa, plus de cent voies pour réfuter les uns et les autres.
Notre propos présent est, précisément, de commenter ce verset.