Troisièmement : cela renforce la supplication empreinte de détresse et l’humilité profonde, qui sont l’âme, le cœur et le but même de l’invocation. En effet, le serviteur humble, brisé et implorant sollicite comme le ferait un indigent anéanti : son cœur est meurtri, ses membres sont soumis et sa voix s’assourdit, à tel point que, sous le poids de son dénuement, de sa misère et de sa détresse, sa langue semble se briser et refuse presque de prononcer un mot. Son cœur, lui, interroge, demande et supplie ; mais son extrême humiliation et sa pauvreté réduisent sa langue au silence. Dans un tel état, il n’est plus possible de hausser la voix pour invoquer.
Quatrièmement : c’est un moyen plus achevé de parvenir à la sincérité parfaite.
Cinquièmement : il concentre davantage le cœur sur Allah lors de l’invocation, alors qu’élever la voix le disperse et le distrait. Plus le fidèle abaisse le ton, plus sa louange gagne en force, plus son intention et son élan se purifient et se dirigent exclusivement vers Celui qu’il implore – exalté soit-Il.
Sixièmement – et c’est là une subtilité des plus admirables – : l’invocation à voix basse atteste de la proximité de l’orant avec Allah. Parce qu’il se sent tout proche de Lui, intimement présent, il Le questionne comme on chuchote à l’oreille d’un intime, non comme on appelle à distance quelqu’un d’éloigné. C’est pour cette raison qu’Allah – exalté soit-Il – a loué Son serviteur Zacharie en disant : « lorsqu’il invoqua son Seigneur d’un appel discret » (19 : 3).
Ainsi, chaque fois que le cœur se représente la proximité d’Allah – plus proche de lui que tout autre – il s’efforce de dissimuler son appel autant qu’il le peut ; il ne saurait alors élever la voix, trouvant même cela déplacé, à l’instar de celui qui, assis à côté d’un compagnon qui l’entend à peine chuchoter, se mettrait soudain à parler très fort : on jugerait la chose inélégante. À Allah appartient l’exemple le plus élevé,– glorifié soit-Il.
Le Prophète ﷺ a fait allusion à ce sens précis dans le hadith authentique : lorsque, en voyage, les Compagnons élevèrent la voix en répétant le takbîr, il leur dit : « Ménagez-vous ! Vous n’appelez ni un sourd ni un absent ; vous invoquez un Audient, un Proche, plus proche de chacun de vous que le cou de sa monture. »
Et Allah – exalté soit-Il – déclare : « Et si Mes serviteurs t’interrogent à Mon sujet, alors Je suis tout proche ; Je réponds à l’appel de celui qui M’invoque lorsqu’il M’invoque. » (2 : 186)
On rapporte que cette parole fut révélée parce que les Compagnons dirent : « Ô Messager d’Allah, notre Seigneur est-Il proche, pour que nous Le chuchotions, ou lointain, pour que nous L’appelions à haute voix ? » Alors Allah – exalté soit-Il – fit descendre : « Et si Mes serviteurs… »