Cette analyse est utile pour la question de la ṣalāt : le terme a-t-il été détaché de son sens premier en langue arabe pour devenir une réalité juridique propre, employée ensuite par métaphore pour cet acte cultuel en raison du lien qui l’unit à l’acception lexicale ? Ou bien a-t-il conservé son sens linguistique, auquel on aurait simplement ajouté des piliers et des prescriptions ?
Or, d’après ce que nous venons d’exposer, il n’est besoin d’aucune de ces hypothèses. Du début à la fin de sa prière, l’orant ne cesse jamais d’invoquer : tantôt par une invocation d’adoration et de louange, tantôt par une invocation de demande et de requête ; dans les deux cas, il invoque. Ainsi, la ṣalāt ne sort jamais de l’essence même de l’invocation ; médite-y bien, maintenant que tu le sais.
La parole du Très-Haut (7 : 55) : « Invoquez votre Seigneur humblement et en secret » englobe donc les deux formes d’invocation, même si elle vise d’abord la supplication (invocation de demande) tout en impliquant l’invocation d’adoration. C’est pour cela que l’ordre porte sur la discrétion et la confidentialité. Al-Ḥasan a dit : « Entre l’invocation discrète et l’invocation publique, il y a soixante-dix degrés de supériorité. »
Les premiers musulmans redoublaient d’efforts dans l’invocation, et l’on n’entendait aucun son émaner d’eux : à peine un murmure entre eux et leur Seigneur. En effet, Allah – exalté soit-Il – dit : « Invoquez votre Seigneur humblement et en secret » (7 : 55) ; et Il a cité un serviteur vertueux, agréant son acte, en disant : « lorsqu’il appela son Seigneur d’un appel discret » (19 : 3).
Dissimuler l’invocation recèle de nombreux bienfaits.
Premier bienfait : cela traduit une foi plus ferme, car celui qui invoque sait qu’Allah entend son appel intérieur, contrairement à celui qui prétend : « Allah entend quand nous élevons la voix, mais Il n’entend pas quand nous chuchotons. »
Second bienfait : c’est une marque suprême d’étiquette et de vénération. On ne s’adresse pas non plus aux rois, ni ne sollicite leurs faveurs, en élevant la voix ; devant eux, on l’abaisse et l’on ne parle qu’aussi bas qu’ils puissent entendre. Quiconque élève la voix en leur présence est honni ; à Allah appartient l’exemple le plus élevé.
Puisque notre Seigneur entend l’invocation secrète, la bienséance devant Lui veut donc que nous ne L’appelions qu’à voix basse.